Il y a trente ans de la vie de Jésus-Christ dont les évangiles ne racontent presque rien. Trente ans de silence, entre la crèche et le Jourdain.
Nous nous précipitons toujours vers les miracles, vers les foules, vers la croix. Et nous passons devant ces trente années comme devant une porte fermée.
Je voudrais aujourd’hui m’arrêter devant cette porte. Non pour inventer ce qu’il y a derrière, mais pour regarder le peu que le texte nous en dit, et poser une seule question.
Avec quoi a-t-il tenu ?
Ce que le texte dit de ces trente années
Luc 2:40, l’enfant croissait et se fortifiait, il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Luc 2:51, il descendit avec eux à Nazareth, et il leur était soumis.
Luc 2:52, et Jésus croissait en sagesse, en stature, et en grâce devant Dieu et devant les hommes.
Arrête-toi sur ces mots. Il croissait. En sagesse. Et en grâce devant Dieu.
Une croissance suppose un chemin parcouru. On ne croît pas vers ce que l’on possède déjà tout entier.
Et voici le détail que personne ne remarque
Marc 6:3. Ses voisins de Nazareth parlent de lui, et voici ce qu’ils disent. N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ?
Trente ans dans le même village, et voilà tout ce qu’ils savent. Le charpentier. Le fils de Marie.
Jean 7:5 va plus loin encore. Car ses frères non plus ne croyaient pas en lui.
Ceux qui avaient dormi sous le même toit que lui, mangé à la même table, travaillé à côté de lui, ne croyaient pas.
Aucune auréole. Aucun prodige d’enfance. Aucun signe qui aurait trahi une nature différente. Une vie d’homme, dans un village, avec un métier, une famille, et des voisins qui ne voyaient rien d’extraordinaire.
S’il avait porté en lui une nature qui le distinguait, ceux qui vivaient avec lui l’auraient su. Ils ne savaient rien.
Alors avec quoi tenait-il
Voici ce que je crois, et je te dis franchement où le texte parle et où je déduis.
Luc dit de Jean-Baptiste qu’il serait rempli de l’Esprit dès le sein de sa mère, Luc 1:15. Le texte ne dit pas cela de Jésus.
Mais il dit autre chose. Luc 1:35, l’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre, c’est pourquoi l’enfant qui naîtra sera saint et sera appelé Fils de Dieu.
Alors pose-toi la question. Si sa conception même s’est faite par la puissance de l’Esprit, comment aurait-il pu en être dépourvu ensuite ? Et si Dieu a rempli le précurseur dès le sein maternel, aurait-il fait moins pour celui que ce précurseur annonçait ?
Le texte ne le dit pas expressément, et je ne veux pas lui faire dire plus qu’il ne dit. Mais c’est la lecture la plus cohérente.
Et regarde alors ce que cela signifie pour toi.
Actes 2:38-39, vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin.
Pour vos enfants. Ce dont il a disposé n’est pas hors de notre portée. C’est exactement ce que Dieu promet à ceux qui sont à lui.
Il n’a rien reçu qui nous soit refusé.
Ce que le silence nous autorise à conclure
Nous ne savons pas ce qui s’est passé pendant ces trente ans. Mais nous savons une chose, et l’Écriture ne la nuance jamais.
Hébreux 4:15, il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché.
1 Pierre 2:22, lui qui n’a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de fraude.
Note bien, en toutes choses. L’auteur ne restreint pas aux trois années publiques. Il couvre toute une vie.
Alors puisque nous connaissons la conclusion, nous pouvons en déduire ce que ces années ont contenu.
Quand on l’a mal payé pour son travail, il n’a pas menti pour se rattraper.
Quand on a parlé contre lui au village, il n’a pas répondu par la calomnie.
Quand ses propres frères ne croyaient pas en lui, il a continué de vivre sous leur toit sans amertume.
Quand il aurait été si simple de céder sur une petite chose que personne n’aurait vue, il n’a pas cédé.
Je n’invente aucune scène. Je constate seulement ceci. Il y a eu des occasions, il y en a toujours, et à chacune il a dit non.
Trente ans de refus dont aucun n’a eu de témoin. C’est cela que le silence des évangiles contient.
Le désert, et ses seules armes
Puis vient le Jourdain, et l’onction. Luc 3:22, l’Esprit descend sur lui. Luc 4:18, l’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint. Actes 10:38, Dieu a oint d’Esprit et de puissance Jésus de Nazareth.
Et aussitôt, le désert. Matthieu 4:1-11.
Quarante jours sans manger. Le texte prend soin de le préciser, après quoi il eut faim. Si une nature divine l’avait soutenu, cette faim serait un décor.
Et regarde avec quoi il combat. Trois fois la même arme. Il est écrit. Il est écrit. Il est écrit.
Pas un éclat de puissance. Pas une révélation de gloire. La Parole de Dieu, celle que tu tiens entre les mains ce matin.
Il a repoussé le diable avec l’arme que Dieu a mise à la portée de tout homme.
Comment il tenait, jour après jour
Marc 1:35, vers le matin, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva et sortit pour aller dans un lieu désert, et là il pria.
Luc 6:12, il passa toute la nuit à prier Dieu.
On ne prie pas si l’on est la source. On prie quand on a besoin.
Jean 5:19, le Fils ne peut rien faire de lui-même.
Jean 14:10, le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres.
Et Actes 10:38 conclut ainsi, il allait de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’empire du diable, car Dieu était avec lui.
Car Dieu était avec lui. C’est Pierre qui parle, et il explique les miracles par la présence de Dieu avec lui.
Gethsémané
Et maintenant, la nuit la plus lourde.
Marc 14:33, il commença à éprouver de la frayeur et des angoisses. Verset 34, mon âme est triste jusqu’à la mort.
Marc 14:36, Abba, Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe. Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.
Deux volontés dans une seule phrase. Une qui demande, une à laquelle on se soumet.
Luc 22:44, étant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang tombant à terre.
Et le verset 43, un ange lui apparut du ciel pour le fortifier.
Lis-le deux fois. Un ange vient le fortifier.
On ne fortifie que celui qui a besoin d’être fortifié.
Si une nature divine le portait cette nuit-là, alors Gethsémané n’était qu’un décor. Le texte, lui, décrit un homme à bout.
Et Hébreux dit ce qu’il faut en penser
Hébreux 5:7, c’est lui qui, ayant offert avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, a été exaucé à cause de sa piété.
Verset 8, il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes.
Il a appris. On n’apprend pas ce que l’on possède déjà.
Verset 9, et ayant été rendu parfait. Un verbe d’achèvement, qui suppose un parcours.
Hébreux 2:18, car ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés.
Le car est causal. Il peut nous secourir parce qu’il a réellement été éprouvé.
Le verset qui règle la question
Hébreux 12:3, considérez celui qui a supporté contre sa personne une telle opposition de la part des pécheurs, afin que vous ne vous lassiez point, l’âme découragée.
Verset 4, vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang, en luttant contre le péché.
Regarde ce que l’auteur fait. Il compare ses lecteurs au Christ. Vous n’avez pas encore résisté jusque-là. Lui, si.
On ne compare pas des hommes fatigués à un être d’une autre nature. Toute l’exhortation suppose qu’il a lutté comme eux, et plus loin qu’eux.
L’Écriture ne nous le présente pas comme un spectacle à contempler, mais comme un exemple à suivre.
Ce que cela change pour toi
Voici pourquoi ce sujet n’est pas une question d’école.
Si une nature divine le portait, alors sa victoire ne prouve rien pour moi. Un être qui ne pouvait pas tomber n’a pas vaincu, il a démontré.
Mais s’il était un homme, tenté en toutes choses comme nous, dépendant de la prière, fortifié par un ange, combattant avec la Parole écrite, soutenu par l’Esprit que Dieu promet aussi à ses enfants, alors sa victoire ouvre une porte.
1 Corinthiens 10:13, aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces.
Romains 8:29, prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né entre beaucoup de frères.
Apocalypse 3:21, celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j’ai vaincu.
Comme moi j’ai vaincu. Il ne dit pas, admirez ce que j’ai fait. Il dit, faites-en autant, et il en donne le moyen.
Là où l’on met un Dieu, sa victoire cesse d’être la promesse de la nôtre.
Ce que je te laisse
Aujourd’hui, tu vas peut-être affronter une chose que personne ne verra. Un mot que tu pourrais dire et qui blesserait. Un arrangement que personne ne vérifierait. Une lassitude que tu pourrais laisser gagner.
Souviens-toi alors des trente années de Nazareth. Personne ne regardait. Et il n’a pas cédé.
Il a résisté avec la prière, avec la Parole, et avec l’Esprit que Dieu donne. Il ne t’a rien laissé que tu ne puisses recevoir aussi.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




