Publication du 31 août 2026
Deux camps qui se combattent, une seule prémisse
Quand j’écoute un trinitaire et un partisan de l’unicité débattre, j’entends deux hommes qui se disputent avec passion. L’un dit trois personnes, l’autre dit une seule. L’un dit que le Père, le Fils et l’Esprit sont trois qui sont Dieu, l’autre dit que Jésus est à lui seul le Père, le Fils et l’Esprit. Ils se traitent mutuellement d’hérétiques, ils s’excluent, ils se séparent.
Et pourtant, avant même d’ouvrir la bouche, ils sont d’accord sur l’essentiel.
Ils sont d’accord pour poser que Jésus doit être Dieu. Toute leur discussion vient après cette décision. Elle ne porte plus que sur une question d’arithmétique, comment loger Jésus à l’intérieur de Dieu, en comptant jusqu’à trois ou en s’arrêtant à un.
Ce n’est pas un débat entre deux lectures des Écritures, c’est un débat entre deux solutions à un problème que personne n’a vérifié.
Une méthode identique, prélever des versets et les assembler
Je veux montrer d’où vient cette prémisse, car elle ne tombe pas du ciel.
Pour bâtir la Trinité, on parcourt les Écritures, on prélève un verset ici, un verset là, un troisième ailleurs, on les rapproche, on les combine, et de cet assemblage on tire une doctrine. On obtient trois qui sont Dieu.
Pour bâtir l’unicité, on procède exactement de la même manière. On prélève, on rapproche, on combine. Et l’on obtient un seul qui est Dieu, et c’est Jésus.
La méthode est la même. Seul le résultat diffère. C’est d’ailleurs la preuve que la méthode ne vaut rien, car une méthode qui produit deux conclusions incompatibles à partir du même livre n’a rien démontré du tout.
Je ne dis pas cela pour disqualifier l’étude. Je le dis parce qu’il existe une autre manière de lire, plus simple et plus ancienne, celle qui consiste à suivre un discours entier, du début à la fin, dans l’ordre où l’auteur l’a écrit.
Une doctrine construite par prélèvement m’oblige à quitter ce que les apôtres disaient réellement, une doctrine reçue par lecture suivie m’y ramène.
Le test que je propose, comment parlaient-ils au quotidien
Voici l’épreuve que j’applique, et chacun peut l’appliquer avec moi ce soir, sa Bible ouverte.
Si les apôtres avaient cru ce que croient les trinitaires, ils auraient parlé comme parlent les trinitaires. Si les apôtres avaient cru ce que croit l’unicité, ils auraient parlé comme parle l’unicité. Non pas dans un traité savant, non pas dans une définition technique, mais dans leur langage ordinaire, dans leurs salutations, dans leurs prières, dans leurs premières lignes de lettre.
Car c’est là qu’un homme dit ce qu’il croit vraiment, sans y penser, sans construire.
Ouvrons donc Éphésiens, chapitre premier. Pas un verset isolé, pas un verset choisi pour l’occasion. Le début, dans l’ordre, tel que Paul l’a écrit.
Verset 1, Paul se présente et il nomme Jésus
Paul, apôtre de Christ Jésus par la volonté de Dieu, aux saints qui sont à Éphèse et fidèles en Christ Jésus.
Deux choses me frappent ici.
La première, le mot Christ n’est pas un nom de famille. Nous l’avons traité comme tel pendant des siècles, Jésus Christ, comme on dirait un prénom et un nom. Mais Christ veut dire oint, Messie. Paul écrit donc, apôtre du Messie Jésus, apôtre de Jésus l’oint.
Et si quelqu’un est oint, une question se pose aussitôt, qui l’a oint ? Un homme ne s’oint pas lui-même. Dieu oint.
La seconde, Paul est apôtre par la volonté de Dieu. Si Jésus était Dieu dans la pensée de Paul, il aurait pu écrire, apôtre de Jésus par la volonté de Jésus. Il ne l’écrit pas. Il pose deux termes distincts dans une seule ligne, Jésus d’un côté, Dieu de l’autre.
Dès la première phrase, sans polémique et sans effort, Paul distingue.
Verset 2, la salutation qui distingue au lieu de fondre
Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
Regardons ce que Paul n’écrit pas.
Il n’écrit pas, de la part de Dieu le Père, de Dieu le Fils et de Dieu le Saint Esprit. Voilà pour la Trinité.
Il n’écrit pas non plus, de la part de Jésus qui est le Père, le Fils et l’Esprit. Voilà pour l’unicité.
Il écrit, de la part de Dieu notre Père, et du Seigneur Jésus Christ. Deux mentions, deux titres différents. Dieu et Père pour l’un. Seigneur et Messie pour l’autre.
On me dira que Seigneur suffit à faire de Jésus un Dieu. Pierre répond à ma place en Actes 2, 36, Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus. Personne ne fait de Dieu un Seigneur. Dieu l’est. Mais quelqu’un a fait Jésus Seigneur, et ce quelqu’un est nommé, c’est Dieu.
Il y a le Seigneur Dieu, qui est le Père, et il y a le Seigneur Messie, que Dieu a établi, et Paul ne les confond jamais.
Verset 3, Paul nomme Dieu et il le nomme Père
Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ.
Ce verset règle la question de l’identité de Dieu avec une netteté que je trouve désarmante.
Paul ne dit pas que Dieu est le Seigneur Jésus Christ. Il dit que Dieu est le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Un mot les sépare, et ce mot change tout.
Et cette bénédiction, elle nous atteint en Christ, c’est à dire dans la relation avec lui. Les croyants d’Éphèse sont bénis par Dieu, dans une relation avec le Messie que Dieu leur a donné.
Le Père bénit. Le Messie est celui en qui la bénédiction nous parvient. Aucun des deux camps ne parlerait ainsi aujourd’hui.
Verset 17, la phrase que je n’avais jamais vraiment lue
Paul reprend au verset 17, et il va plus loin encore.
Afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance.
Le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ.
Jésus a un Dieu. Paul l’écrit posément, dans une prière, sans avertir son lecteur qu’il s’agirait d’une formule délicate à manier.
Dieu, lui, n’a pas de Dieu. Il n’en a pas besoin, il est celui là. Mais Jésus a un Dieu, et ce Dieu est son Père.
Jésus dit exactement la même chose de sa propre bouche après sa résurrection, en Jean 20, 17, je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
Celui qui a un Dieu n’est pas ce Dieu, et celui qui monte vers son Père n’est pas ce Père.
Ce que l’histoire de l’unicité montre d’elle-même
Je veux dire un mot sur la manière dont l’unicité s’est formée au siècle dernier, parce que cela éclaire tout ce qui précède.
Ceux qui l’ont formulée sont partis du matériel trinitaire. Ils ont reçu l’idée que Jésus est Dieu, ils l’ont acceptée sans la vérifier, puis ils ont buté sur le décompte. Trois personnes qui seraient un seul Dieu, cela leur a paru impossible.
Sur ce point précis, ils avaient raison de refuser.
Mais regardons le saut qu’ils ont fait ensuite. Plutôt que de remonter jusqu’à la prémisse et de demander si Jésus est Dieu, ils ont gardé la prémisse et corrigé le décompte. Puisque Jésus est Dieu, ont ils conclu, il doit être le seul qui est Dieu. Donc Jésus est le Père, Jésus est le Fils, Jésus est l’Esprit.
Ils ont hérité du problème et changé la réponse.
On ne sort pas d’une erreur en gardant son point de départ, on en sort en revenant à ce que Paul écrivait réellement.
Pourquoi cette erreur commune empêche de connaître Dieu
Ce n’est pas une querelle de mots, et je ne l’aborde pas pour gagner un débat.
Jésus prie ainsi en Jean 17, 3, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
La vie éternelle est présentée comme une connaissance. Connaître le Père, le seul vrai Dieu. Connaître celui qu’il a envoyé.
Or je pose une question simple. Comment connaître quelqu’un dont l’identité me demeure confuse ?
Si je crois que Dieu est trois personnes, je ne sais pas à qui je parle quand je prie. Si je crois que Jésus est lui même le Père, je ne sais pas non plus. Dans les deux cas, la personne que je cherche à connaître se dédouble ou se dissout sous mes yeux.
Et je remarque que Jésus lui même, dans cette prière, distingue clairement le Père qu’il appelle le seul vrai Dieu, et lui même qu’il nomme l’envoyé.
Une identité claire n’est pas un luxe théologique, elle est la condition de la relation.
Ce que je fais désormais quand je lis
J’ai longtemps cru ce que je décris ici. Je ne méprise donc personne, je décris un chemin que j’ai parcouru moi même.
Voici ce qui a changé pour moi. Je ne prélève plus. Je lis les chapitres du début à la fin, je regarde comment Paul, Pierre et Jean parlaient dans leur langage ordinaire, et je laisse leur manière de parler corriger la mienne.
Quand un verset me résiste, je lis les versets qui l’entourent, celui d’avant, celui d’après, et la difficulté se dissipe presque toujours d’elle même. Ce qui restait obscur venait le plus souvent d’un verset arraché à son voisinage.
Ce que je gagne, c’est une lecture qui coule. Des centaines de passages qu’il fallait auparavant expliquer, adoucir ou contourner se lisent maintenant sans effort.
La vérité, quelle qu’elle soit, est toujours meilleure que l’erreur, si belle et si ancienne que soit cette erreur.
Ce que je retiens
Unicité et Trinité s’opposent sur le nombre, elles s’accordent sur la prémisse. Elles ont été bâties par le même procédé, le prélèvement de versets épars, et elles produisent la même confusion sur l’identité de celui que je dois connaître.
Éphésiens 1 ne connaît ni l’une ni l’autre. Paul y nomme Dieu, et il l’appelle Père. Il nomme Jésus, et il l’appelle Seigneur et Messie. Il va jusqu’à écrire le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, sans hésiter, sans s’excuser.
Je te propose de faire toi même le test cette semaine. Ouvre une lettre, n’importe laquelle, lis les dix premiers versets sans rien y ajouter, et demande toi, cet homme parle t il comme un trinitaire, parle t il comme un partisan de l’unicité, ou parle t il autrement ?
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




