‘Venu dans le monde’, ‘envoyé de Dieu’, ‘descendu du ciel’ : les mots de Jean prouvent-ils que Jésus existait avant sa naissance ?
‘Venu dans le monde’, ‘envoyé de Dieu’, ‘descendu du ciel’ : les mots de Jean prouvent-ils que Jésus existait avant sa naissance ?
'Venu dans le monde', 'envoyé de Dieu', 'descendu du ciel' : les mots de Jean prouvent-ils que Jésus existait avant sa naissance ?

‘Venu dans le monde’, ‘envoyé de Dieu’, ‘descendu du ciel’ : les mots de Jean prouvent-ils que Jésus existait avant sa naissance ?

🔥 ‘Venu dans le monde’, ‘envoyé de Dieu’, ‘descendu du ciel’ : les mots de Jean prouvent-ils que Jésus existait avant sa naissance ?

Publication du 3 septembre 2026

Je crois à la préexistence de Jésus. Je pense même que tout lecteur de la Bible devrait y croire, parce que c’est une idée biblique. La vraie question n’est pas de savoir si Jésus a préexisté, mais de quelle préexistence les auteurs bibliques parlaient.

Quand Jean écrit que Jésus est ‘venu dans le monde’, qu’il est ‘envoyé de Dieu’, qu’il est ‘descendu du ciel’, qu’il était ‘avant’ Jean-Baptiste et ‘avant’ Abraham, à quoi pensait-il ? À un être qui se promenait au ciel depuis toujours et qui a fait le voyage jusqu’à la terre ? Ou à un homme voulu, prévu, annoncé et préparé dans le plan de Dieu, avant même d’exister ?

Je tiens pour la seconde réponse. Jean pensait en Hébreu, pas en philosophe grec. Et ce sont précisément ses écrits, lus dans sa propre manière de penser, qui m’ont convaincu que Jésus n’a pas préexisté littéralement à lui-même. Il a préexisté conceptuellement, dans l’esprit, la prescience et le dessein de Dieu, comme l’agneau ‘immolé dès la fondation du monde’ (Apocalypse 13:8), comme celui qui fut ‘prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps’ (1 Pierre 1:20).

Dans cette publication, je passe en revue quatre familles de mots et d’expressions de Jean qu’on cite habituellement pour prouver une préexistence littérale. Je vais montrer que Jean lui-même, quand on le laisse être son propre commentateur, leur donne un tout autre sens.

🩵 Première expression : ‘venir dans le monde’, ou ‘être envoyé dans le monde’

On me dit souvent : « L’Écriture affirme que Jésus est venu dans le monde, qu’il a été envoyé dans le monde. Pour venir dans le monde, il fallait bien être hors du monde d’abord. » Cela paraît logique. Mais cela ne fonctionne pas avec le vocabulaire de Jean.

Le mot grec traduit par « monde » est cosmos. Dans la Bible, le cosmos n’est pas le globe terrestre, ni l’univers sidéral. Le cosmos, c’est l’ordre humain des choses, la société, le système organisé des hommes, avec ses gouvernements, ses valeurs et ses pouvoirs. C’est de cosmos que vient le mot « cosmétique », l’arrangement, la mise en ordre.

Jésus le dit lui-même : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous » (Jean 15:18). Une planète ne hait personne. Une montagne ne hait pas Pierre. Le monde qui hait, c’est la société humaine, l’ordre établi qui rejette la lumière. Quand la Bible parle d’aller « dans le monde », elle ne parle jamais d’un voyage interplanétaire.

Or Jean décrit deux façons d’entrer dans le cosmos.

La première, c’est la naissance. Tout être humain commence à exister dans le sein de sa mère, puis il naît dans le monde. Jean l’écrit noir sur blanc à propos de tout homme : la vraie lumière « éclaire tout homme venant au monde » (Jean 1:9, traductions Martin et Ostervald). Et encore, à propos de la femme qui accouche : elle oublie sa douleur « à cause de la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde » (Jean 16:21). Tout homme vient dans le monde. Vous y êtes venu, j’y suis venu. Personne n’en conclut que nous existions ailleurs avant.

Dans la pensée grecque, on aurait pu imaginer une âme préexistante qui s’incarne, ou même qui se réincarne. Dans la Bible, jamais. On vient à l’existence dans sa mère, puis on naît dans le cosmos. Point.

La seconde façon d’entrer dans le monde, c’est la mission. Un homme déjà né, déjà présent sur la terre, est envoyé « dans le monde » par Dieu, c’est-à-dire vers la société des hommes, avec un mandat. C’est ainsi que Jésus parle de lui-même. Et c’est ainsi qu’il parle de ses disciples.

Écoutez sa prière : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde » (Jean 17:18). Jésus met les deux envois sur le même plan. Les disciples étaient-ils au ciel avant d’être envoyés dans le monde ? Évidemment non. Ils étaient nés dans le monde, ils marchaient en Galilée, et Jésus les envoie « dans le monde » en mission. De la même manière, dit-il, le Père m’a envoyé.

Marc reprend exactement ce langage : « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création » (Marc 16:15). Les apôtres étaient déjà dans le monde. Ils y vont maintenant au sens de la commission.

Et voici le verset qui met tout dans l’ordre. Devant Pilate, Jésus déclare : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18:37). Notez la séquence : d’abord né, ensuite venu dans le monde. Jésus ne dit pas « je suis venu dans le monde pour naître ». Il dit qu’il est né, puis qu’il est venu, envoyé, missionné, pour témoigner. La naissance précède l’envoi. On ne peut pas être envoyé en mission avant d’exister.

🌟 Venir dans le monde, tout homme le fait en naissant ; être envoyé dans le monde, Jésus l’a été comme ses disciples l’ont été, après sa naissance et non avant. Toute l’idée d’un voyage depuis le ciel s’évanouit dès qu’on lit Jean avec les mots de Jean.

🩵 Deuxième expression : ‘venu de Dieu’, ‘envoyé de Dieu’, ‘du ciel’

Voici l’argument symétrique : « Jésus est venu de Dieu, il a été envoyé par Dieu, il vient du ciel. Pour être envoyé d’auprès de Dieu, il fallait être auprès de Dieu. » Là encore, laissons Jean se commenter lui-même.

« Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean » (Jean 1:6). Jean-Baptiste fut envoyé de Dieu. Faut-il imaginer Jean-Baptiste franchissant les portes du ciel pour descendre sur la terre ? Personne ne le pense. Jean-Baptiste fut envoyé de Dieu parce que Dieu l’avait prévu, voulu, préparé et mandaté. C’est du langage hébreu, et il ne suppose aucune préexistence littérale.

Nicodème vient trouver Jésus de nuit et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui » (Jean 3:2). Nicodème connaît à peine Jésus. Croit-on qu’il ait reçu une révélation sur un être céleste arrivé de l’autre bout de l’univers ? Non. Pour un Juif, un docteur « venu de Dieu » est un homme que Dieu a envoyé, que Dieu accompagne, dont Dieu authentifie l’enseignement par des signes. Nicodème pensait comme un Hébreu, pas comme un philosophe.

Jésus lui-même pose cette question aux chefs du peuple : « Le baptême de Jean, d’où venait-il ? Du ciel, ou des hommes ? » (Matthieu 21:25). Le baptême de Jean venait du ciel. Était-il stocké au ciel et transporté sur la terre ? Bien sûr que non. Il venait du ciel parce qu’il était dans le plan de Dieu, ordonné par Dieu, autorisé par Dieu.

Jacques élargit encore : « Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières » (Jacques 1:17). Tout bon don descend d’en haut. Si Dieu m’accorde un instrument de musique pour le louer, ce don descend du ciel, non parce qu’il a fait le trajet physiquement, mais parce qu’il a pris naissance dans le cœur et le dessein de Dieu avant de se réaliser sur la terre. Tout ce qui est bon commence au ciel, dans la volonté de Dieu, puis Dieu le fait arriver ici-bas.

Le théologien anglican E. G. Selwyn, fondateur de la revue Theology, l’a formulé avec une grande justesse dans son commentaire de la première épître de Pierre : « Quand le Juif voulait désigner quelque chose comme prédestiné, il en parlait comme existant déjà au ciel. » Existant littéralement ? Non. Existant conceptuellement, dans la prescience de Dieu ? Oui. C’est exactement ce que Paul écrit de la grâce « qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels » (2 Timothée 1:9). Elle nous était donnée avant les temps, dans le plan, et manifestée quand le temps est venu.

🌟 Jean-Baptiste, le baptême de Jean, tout don parfait : tout cela est « de Dieu » et « du ciel » sans avoir jamais existé là-haut. Appliquer à Jésus seul une lecture littérale qu’on n’applique à rien d’autre, c’est imposer à Jean une idée qu’il n’a jamais eue.

🩵 Troisième question : les traductions qui penchent d’un côté

Un traducteur n’est pas un lecteur neutre. Il porte ses convictions, et parfois elles passent dans le texte. Je relève quatre cas.

Premier cas : la majuscule à ‘Parole’ dans Jean 1. En écrivant « la Parole » avec une majuscule, on suggère au lecteur qu’il s’agit d’une personne distincte du Père. Or dans l’Ancien Testament, que Jean citait sans cesse (il ne cite jamais Platon ni aucun philosophe), l’expression « la parole de Dieu » revient plus de quatre cents fois, et jamais avec une majuscule, jamais comme une seconde personne. Quand Dieu parle, c’est Dieu qui agit. « Dieu dit », et la chose existe. Dieu n’a pas envoyé quelqu’un d’autre parler à sa place. Sa parole, c’est lui-même qui s’exprime et qui s’étend jusqu’à nous, comme la parole d’un homme est cet homme se faisant connaître.

Et les mêmes traducteurs n’ont pas le courage de leur choix. En Hébreux 4:12, « la parole de Dieu est vivante et efficace », presque personnifiée, et pourtant pas de majuscule. En Matthieu 13:23, la bonne terre est « celui qui entend la parole et la comprend », pas de majuscule non plus. Pourquoi la majuscule seulement en Jean 1 ? Parce qu’on y a déjà décidé de ce qu’on voulait y trouver. C’est le même Jean, la même formation, le même arrière-plan hébreu. Ce que Jean annonce, c’est que Dieu a manifesté et placé sa propre parole dans un être humain véritable, Jésus, son Fils.

Deuxième cas : les pronoms. Dans Jean 1, on traduit « il était », « par lui », « en lui », là où le grec permet tout aussi bien « elle était », « par elle », « en elle », puisqu’on parle de la parole. Ce n’est pas rabaisser quoi que ce soit. Dieu nous sauve par sa parole, Dieu nous éclaire par sa parole, Dieu crée par sa parole. C’est magnifique. Mais en faire une personne en plus de Dieu, un second Dieu à côté du seul vrai Dieu, aucun Juif ne l’aurait supporté. Il aurait quitté la pièce en disant : « Le Père seul est le vrai Dieu. »

Troisième cas : ‘avant’ et ‘premier’. Les mots grecs prôtos et les tournures « avant moi » ne sont pas seulement des repères de temps. Ils expriment aussi le rang, la priorité, l’importance. Jean-Baptiste dit : « Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi » (Jean 1:30). Un homme, dit-il. Pas un dieu. Un homme qui était avant lui. Comment un homme né six mois après lui peut-il être « avant » lui ? Par la priorité dans le plan de Dieu, par la place centrale que Dieu lui a donnée depuis le commencement. Il en va de même de « avant qu’Abraham fût » (Jean 8:58) : Jésus est premier dans le dessein de Dieu, premier en importance, celui autour de qui tout le plan s’organise, bien avant son ancêtre Abraham. Et c’est ainsi que l’agneau a été « immolé dès la fondation du monde » (Apocalypse 13:8) : pas littéralement, mais dans le plan de Dieu, qui est la façon hébraïque de parler.

Quatrième cas : ‘retourner au Père’. Certaines traductions, la NIV en particulier, écrivent que Jésus « retourne » au Père. Le grec ne dit pas cela. En Jean 16:28, Jésus dit « je vais au Père ». En Jean 13:3, Jean écrit qu’il « s’en allait à Dieu ». En Jean 20:17, Jésus dit « je monte vers mon Père ». Aller, s’en aller, monter. Jamais « retourner ». Le traducteur a voulu aider le lecteur en ajoutant ce que Jésus n’a pas dit, parce qu’il croyait à une préexistence littérale et supposait donc un retour. La plupart des traductions ont évité ce piège. Cela montre une chose : lisez plusieurs versions, aucune n’est inspirée, et comparez.

🌟 Une majuscule, un pronom, un « retourner » ajouté : de petits choix de traduction suffisent à faire dire à Jean ce qu’il n’a pas dit. Le texte, lui, parle d’un homme envoyé, premier dans le plan de Dieu, qui va vers son Père.

🩵 Quatrième question : Jésus était-il littéralement présent dans l’Ancien Testament ?

Paul écrit des Hébreux au désert : « Ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ » (1 Corinthiens 10:4). J’ai longtemps tenu ce verset pour l’une de mes meilleures preuves de la préexistence littérale de Jésus. Je le confesse. Et je suis heureux d’avoir changé pour une lecture qui a bien plus de sens et bien plus d’Écriture.

Jésus était-il un rocher ? Une pierre avec des jambes qui marchait derrière Israël ? Non. Moïse frappa le rocher, l’eau jaillit, le peuple but et vécut (Exode 17:6). Ce rocher était une figure de Christ, une préfiguration. Aujourd’hui, Jésus est le rocher frappé sur la croix, dont nous buvons spirituellement. Paul le dit lui-même quelques versets plus loin : « Ces choses sont arrivées pour nous servir d’exemples » (1 Corinthiens 10:6 et 10:11). Le mot grec est tupos, le type, le modèle, l’image.

L’Ancien Testament est rempli de ces types. Le tabernacle était un type du ciel et de l’Église ; cela ne veut pas dire que l’Église existait littéralement au Sinaï. Les sacrifices étaient des types de Jésus ; cela ne veut pas dire que Jésus était littéralement immolé sur ces autels, comme un fantôme. Ce sont des images, des ombres, qui annoncent la réalité à venir.

Jean 6 est le grand chapitre de ceux qui cherchent une préexistence littérale, et c’est justement lui qui la défait. Les Juifs disent : « Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna le pain du ciel à manger » (Jean 6:31). La manne était « du ciel ». A-t-elle fait un voyage interplanétaire ? Non, Dieu l’a fait arriver. Puis Jésus poursuit : « Ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel ; mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel » (Jean 6:32). La manne était le type ; Jésus est la réalité.

Et il précise de quel pain il s’agit : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde » (Jean 6:51). Le pain descendu du ciel, c’est sa chair. Or sa chair n’est pas descendue du ciel au sens littéral : personne ne le prétend. Son corps est venu à l’existence comme le nôtre, dans le sein de sa mère, par un miracle de Dieu, qui fut littéralement son Père. C’est donc l’homme Jésus, chair et sang, qui est « descendu du ciel », exactement comme la manne, comme tout don parfait, comme le baptême de Jean : en provenance du plan de Dieu, réalisé par la puissance de Dieu.

Voyez la cohérence. C’est l’homme Jésus qui vient du ciel. C’est l’homme Jésus qui était avant Jean-Baptiste. C’est l’homme Jésus qui était avant Abraham. Non pas en se promenant quelque part, mais dans le grand dessein de Dieu, comme le centre de son plan pour toute l’humanité. Pas un dieu Jésus, mais l’homme Jésus, qui a préexisté dans l’œuvre et la pensée de Dieu.

🌟 Le rocher, la manne, les sacrifices, le tabernacle : Jésus n’y était pas en personne, il y était en figure, en ombre, en promesse. Puis la réalité est venue, et nous pouvons regarder en arrière et dire : tout cela parlait de lui.

🩵 Pourquoi cela compte

La préexistence conceptuelle est simple. Elle correspond à la manière dont les Hébreux pensaient et parlaient. Elle ne crée aucun problème avec les centaines de passages où des hommes, des dons, des baptêmes viennent « de Dieu » et « du ciel ». Elle laisse Jésus être ce que Jean dit qu’il est : un homme, né de Marie, envoyé par Dieu, premier dans son plan.

La préexistence littérale, elle, est une idée venue plus tard, portée par des chrétiens issus de la philosophie grecque, aux deuxième, troisième et quatrième siècles, qui ont relu Jean avec leurs propres catégories. Elle oblige ensuite à répondre à des questions sans fin : préexistant en quoi, en qui, sous quelle forme ? Cherchez le nom de Jésus dans l’Ancien Testament : vous ne le trouverez pas une seule fois. Il n’y était pas littéralement. Il y était seulement en images, en figures et en ombres.

Et voici ce qui me réjouit le plus. Parce que Jésus était l’un de nous, réellement l’un de nous, il a pu mourir pour nous et offrir à Dieu un sacrifice en notre faveur. Dieu veut que nous le connaissions tel qu’il est, et que nous connaissions Jésus tel qu’il est. Lisons Jean comme Jean pensait, et notre foi sera purifiée.

Serge le prédicateur t’encourage 🩵

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