De lui, par lui, pour lui, et le mot que Paul n’a pas écrit
Pourquoi cette étude, et d’où elle vient
Je dois te dire d’où vient ce travail, parce qu’il ne vient pas d’une envie de polémique. Il vient d’une gêne que je n’arrivais plus à faire taire.
J’ai lu les quatre évangiles. Jésus-Christ y parle beaucoup, il y est accusé, interrogé, mis à l’épreuve. Et pas une fois il ne déclare être Dieu. Il dit Fils de Dieu, il dit Fils de l’homme, il dit mon Père. Jamais l’autre chose.
J’ai lu les Actes, qui rapportent la prédication de l’Église naissante, et le vocabulaire y est le même. Actes 2:22, cet homme approuvé de Dieu. Actes 3:13, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a glorifié son serviteur Jésus. Actes 17:31, il jugera le monde par un homme qu’il a désigné. Et Actes 2:36, Dieu l’a fait Seigneur et Christ.
J’ai lu l’Apocalypse, le livre qui décrit le ciel plus longuement qu’aucun autre. Un seul assis sur le trône. L’Agneau qui s’avance et qui reçoit. Et le Christ glorifié qui appelle le Père mon Dieu, quatre fois dans un seul verset.
Alors une question s’est imposée à moi. Si les évangiles ne l’affirment pas, si les Actes ne l’affirment pas, si l’Apocalypse ne l’affirme pas, pourquoi me dit-on que les épîtres l’affirmeraient ?
Ou bien Paul enseigne autre chose que Jésus-Christ lui-même, ce que je ne peux pas croire, ou bien nous lisons mal certains de ses textes.
Je suis donc allé voir. Non pas dans les commentaires, mais dans le grec. Verset par verset, préposition par préposition, temps de verbe par temps de verbe.
Un mot encore, sur l’enjeu. Chaque fois qu’on rapproche un peu plus le Fils de Dieu du Père jusqu’à les confondre, un pas est franchi. Puis il suffit d’un dernier pas, faire de l’esprit de Dieu une troisième personne, et la construction est achevée.
Je voudrais examiner ces pas un par un, et le premier est celui-ci.
Le verset qu’on m’oppose le plus souvent
On me cite Colossiens 1:16 comme si la cause était entendue. Tout a été créé par lui et pour lui. On me dit, voilà, c’est écrit, Jésus-Christ est le Créateur, donc il est Dieu.
Je te demande aujourd’hui de faire une chose simple. Regarder les prépositions. Non pas seulement les mots que Paul a écrits, mais aussi celui qu’il n’a pas écrit.
Car ce verset a une absence, et cette absence est décisive.
Une précision préalable, par honnêteté. Le texte grec de Colossiens 1 ne pose aucun problème de manuscrit. Le papyrus P46, le Sinaiticus, le Vaticanus portent tous la même chose. Rien de ce que je vais dire ne repose sur une variante. Tout repose sur ce que Paul a écrit, et sur la façon dont lui-même emploie ces mots ailleurs.
Les trois prépositions de Colossiens 1:16
Voici le verset dans son grec.
En autō ektisthē ta panta. Ta panta di’ autou kai eis auton ektistai.
Trois prépositions apparaissent.
En autō, en lui.
Di’ autou, par lui, à travers lui.
Eis auton, pour lui, en vue de lui.
Retiens-les bien, car nous allons les retrouver ailleurs sous la même plume.
Le verset jumeau, et ce qu’il contient de plus
Ouvre maintenant Romains 11:36, écrit par le même Paul.
Ex autou kai di’ autou kai eis auton ta panta.
De lui, et par lui, et pour lui sont toutes choses.
Trois prépositions là aussi. Deux sont les mêmes qu’en Colossiens, di’ autou et eis auton.
Mais il y en a une troisième, qui n’est pas dans Colossiens. Ex autou. De lui.
Ek, en grec, marque l’origine, la source, ce dont une chose provient. C’est la préposition qui désigne celui de qui tout part.
Et cette préposition-là, Paul ne l’a pas écrite en Colossiens 1:16.
En Romains 11:36, Paul emploie trois prépositions pour parler de Dieu. En Colossiens 1:16, il en emploie trois aussi, mais il retire exactement celle qui aurait dit la source.
Ce n’est pas un oubli. C’est le même auteur, le même vocabulaire, la même construction. Il sait parfaitement ce qu’il fait.
Le verset qui tranche tout, car Paul y distribue lui-même les prépositions
Et maintenant, le passage le plus décisif de toute cette étude. 1 Corinthiens 8:6.
Lis-le lentement.
Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, ex hou ta panta, de qui sont toutes choses, et nous sommes pour lui. Et un seul Seigneur, Jésus-Christ, di’ hou ta panta, par qui sont toutes choses, et nous sommes par lui.
Regarde ce que Paul fait dans cette seule phrase.
Il nomme deux personnes. Il leur attribue deux prépositions différentes. Et il ne les mélange jamais.
Au Père, ek. De qui.
Au Christ, dia. Par qui.
Le même auteur, la même phrase, le même sujet de la création, et une distribution parfaitement nette.
Si dia suffisait à établir la divinité, alors Paul n’aurait eu aucune raison de réserver ek au Père seul. Il l’a fait. Et il n’a jamais écrit l’inverse nulle part.
Paul lui-même a séparé les deux prépositions entre deux personnes. Ce que l’on veut me faire dire à partir de dia, Paul l’a réservé à un autre mot, et à un autre.
Ce que dia signifie réellement, et Paul l’applique à des hommes
On me dira peut-être que par lui implique nécessairement une puissance divine. Vérifions dans le texte, et non dans nos impressions.
Galates 1:1, Paul écrit ceci. Paul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, oude di’ anthrōpou, mais par Jésus-Christ, dia Iēsou Christou, et Dieu le Père.
La même construction, dia suivi du génitif, appliquée d’abord à un homme, puis au Christ.
Jean 1:17, la loi a été donnée par Moïse, dia Mōuseōs.
Actes 2:22, les miracles que Dieu a faits par lui, di’ autou, au milieu de vous. Et c’est Pierre qui parle de Jésus-Christ, en attribuant les œuvres à Dieu opérant par lui.
Hébreux 1:2, par lequel aussi il a fait les siècles, di’ hou. Et le même verset dit deux mots plus haut que Dieu a parlé par le Fils, et qu’il l’a établi héritier.
Dia marque donc l’intermédiaire. Jamais la source. Le mot désigne celui à travers qui une chose se fait, pas celui de qui elle vient.
Si par lui prouvait la divinité, il faudrait la prouver aussi pour Moïse.
Le verbe est au passif, et un passif suppose quelqu’un
Voici maintenant un détail que la traduction française laisse voir difficilement.
En Colossiens 1:16, le verbe créer apparaît deux fois. Ektisthē, puis ektistai. Ce sont des passifs. Elles ont été créées.
Or un passif suppose toujours un agent, quelqu’un qui accomplit l’action.
Et Paul ne dit jamais dans ce passage que le Fils a créé. Pas une seule fois le Fils n’est le sujet du verbe créer.
Alors qui agit ? Paul le dit lui-même dans le même chapitre.
Verset 12, rendant grâces au Père qui vous a rendus capables.
Verset 19, il a plu au Père que toute plénitude habitât en lui.
Verset 20, il a plu de tout réconcilier avec lui-même par lui.
Le Père agit d’un bout à l’autre du passage. Le Fils est celui en qui, par qui et pour qui il agit.
Et pour lui, eis auton, ce qui se reçoit
Reste la troisième préposition, eis auton, pour lui, en vue de lui.
Une finalité n’est pas une origine. Dire que tout est ordonné vers quelqu’un, c’est dire qu’une destination lui a été assignée, non qu’il en est la source.
Et l’Écriture nous dit précisément qui l’a assignée.
Hébreux 1:2, Dieu l’a établi héritier de toutes choses. Un héritier reçoit. On n’établit pas héritier celui qui est déjà propriétaire de tout.
Matthieu 28:18, toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.
1 Corinthiens 15:27, car Dieu a tout mis sous ses pieds. Et Paul ajoute au verset suivant une précision extraordinaire, il est évident que celui qui lui a soumis toutes choses est excepté.
Paul prend soin de dire que celui qui donne n’est pas compris dans ce qui est donné.
Tout lui a été soumis, sauf celui qui le lui a soumis. Paul a lui-même posé la limite.
Est-il alors devenu Dieu ensuite
On me pose parfois la question autrement. D’accord, il n’était pas Dieu au commencement, mais après sa résurrection, n’est-il pas devenu Dieu ?
Le texte répond, et il faut être précis, car chaque mot compte.
Colossiens 1:18, hina genētai en pasin autos prōteuōn. Afin qu’il devienne en toutes choses le premier.
Genētai. Afin qu’il devienne. Il y a bien un devenir dans ce verset, je ne le nie pas, je le souligne.
Mais regarde ce qu’il devient. Il devient prōteuōn, le premier, celui qui a la primauté.
Le texte ne dit pas afin qu’il devienne Dieu. Il dit afin qu’il devienne premier.
Et c’est exactement ce que dit Actes 2:36. Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. Seigneur et Christ. Pas Dieu.
Et Philippiens 2:9-11, c’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.
Note comment la phrase se termine. À la gloire de Dieu le Père. Même au sommet de son exaltation, la gloire remonte au Père.
Il a reçu la première place, il n’a pas reçu la nature de celui qui la lui a donnée.
Et Paul le dit encore autrement, longtemps après la résurrection
Si le Christ ressuscité était devenu Dieu, Paul le saurait, car il écrit des décennies plus tard.
Or voici ce qu’il écrit.
1 Timothée 2:5, il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus. Anthrōpos. Au présent.
Éphésiens 1:17, le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire.
Colossiens 3:1, le Christ est assis à la droite de Dieu. Être à la droite de quelqu’un, c’est ne pas être ce quelqu’un.
1 Corinthiens 11:3, le chef du Christ, c’est Dieu.
Les deux versets qu’on va m’opposer dans les Actes
J’ai dit que les Actes ne le présentent jamais comme Dieu. Je dois donc traiter les deux textes qui semblent faire exception, sans quoi mon affirmation ne vaudrait rien.
Actes 20:28, l’Église que Dieu s’est acquise par son propre sang. C’est le seul verset des Actes que l’on peut lire dans ce sens. Mais il présente une réelle difficulté de manuscrits, plusieurs témoins anciens portant l’Église du Seigneur et non de Dieu. Et le grec permet aussi de traduire par le sang de son propre Fils, l’adjectif idiou pouvant être pris comme un substantif. Une doctrine ne peut pas reposer sur un verset dont les manuscrits eux-mêmes discutent.
Actes 7:59, Étienne invoquant, Seigneur Jésus, reçois mon esprit. L’invocation est réelle, je ne l’efface pas. Mais lis le verset 55, quatre lignes plus haut. Étienne voit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il s’adresse donc à celui qu’il vient de voir distinct de Dieu, dans la vision même.
Et cela ne contredit rien
Ésaïe 44:24, moi l’Éternel, j’ai fait toutes choses, seul j’ai déployé les cieux, seul j’ai étendu la terre.
L’hébreu porte levaddi, par moi seul, et une question qui appelle pour réponse personne.
Si le Fils avait été la source de la création, ce verset serait faux. Il ne l’est pas.
Et remarque que le même prophète n’exclut nullement que Dieu crée par sa parole, car le Psaume 33:6 le dit, les cieux ont été faits par la parole de l’Éternel, et toute leur armée par le souffle de sa bouche.
Une parole par laquelle Dieu agit n’est pas un second Dieu à côté de lui.
Résumons ce que le texte grec établit
Trois prépositions en Colossiens 1:16, et pas celle de la source.
La préposition de la source, ek, réservée au Père en 1 Corinthiens 8:6 et en Romains 11:36.
Deux verbes au passif, et jamais le Fils comme sujet du verbe créer.
Le Père désigné comme agent trois fois dans le même chapitre.
Un devenir, genētai, mais un devenir vers la primauté, non vers la divinité.
Et un apôtre qui, des décennies après la résurrection, appelle encore le Christ un homme et appelle encore le Père son Dieu.
Ce que l’on veut faire dire à par lui, Paul l’a réservé à un autre mot, et à un autre que le Fils.
Ce que je te demande
Ne me crois pas sur parole. Ce serait la pire chose que tu puisses faire.
Prends une Bible avec les mots grecs, ou un site d’interlinéaire, ils sont gratuits. Ouvre trois versets, et un seul point à vérifier.
Colossiens 1:16. Quelles prépositions.
Romains 11:36. Quelles prépositions.
1 Corinthiens 8:6. Qui reçoit ek, et qui reçoit dia.
Cela te prendra dix minutes, et la réponse sera la tienne, pas la mienne.
Une doctrine qui repose sur une préposition doit pouvoir supporter qu’on lise cette préposition.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




