Beaucoup pensent que celui qui enseigne ou qui porte un ministère doit aussi financer l’œuvre qu’il dessert, il convient d’apporter une clarification biblique et historique à ce sujet, en restant fidèle à l’Église apostolique.
Le principe biblique, de la communauté vers celui qui sert
Dans Actes 4:34-35, ce sont les fidèles qui apportaient leurs biens et les déposaient aux pieds des apôtres, jamais l’inverse. Dans Actes 6:1-4, les sept sont institués pour organiser la distribution aux veuves et aux nécessiteux. Le mouvement biblique va toujours de la communauté vers celui qui sert, afin que le service puisse ensuite se prolonger vers les pauvres et les faibles.
Dans Éphésiens 4:11, l’apôtre comme le docteur reçoivent un don pour fonder, enseigner et édifier le corps, ce don n’est jamais présenté comme une obligation de financement de l’Église. Que ce soit l’apôtre qui pose les fondements ou le docteur qui enseigne les Écritures, l’un et l’autre donnent déjà ce qu’ils ont, leur temps, leur travail, leur connaissance, leur labeur spirituel.
Une histoire qui se répète depuis l’Église ancienne
Cette logique correspond à la pratique de l’Église apostolique, collecte des biens pour les besoins communs et les pauvres, comme en Actes 4 et 6. Au deuxième siècle, des écrits chrétiens décrivent déjà des dons volontaires remis chaque semaine à celui qui présidait l’assemblée, ensuite redistribués aux veuves, aux orphelins, aux malades, aux prisonniers et aux voyageurs dans le besoin, sans aucune contrainte, chacun donnant selon ses moyens.
L’histoire plus récente d’un courant protestant né au dix-neuvième siècle illustre bien cette même évolution naturelle. Dans les années 1850, les premiers prédicateurs itinérants de ce mouvement n’avaient aucun système organisé de soutien, ils travaillaient souvent de leurs mains pour subvenir aux besoins de leurs familles et prêchaient sans salaire fixe, recevant parfois quelques dons occasionnels en argent ou en nature.
Devant l’épuisement de ces ouvriers et l’abandon temporaire du ministère par certains d’entre eux, une commission s’est réunie en 1858 pour étudier dans l’Écriture comment soutenir le ministère de l’évangile, et son rapport présenté en janvier 1859 a établi un plan de don systématique.
Chaque homme adulte devait mettre entre cinq et vingt-cinq cents par semaine, chaque femme une part proportionnelle, et ceux qui possédaient des biens contribuaient selon leur valeur, le tout destiné à soutenir les prédicateurs itinérants et les nécessiteux de la communauté.
Ce système a continué d’évoluer, et en 1876, lors d’une session spéciale de l’organisation centrale de ce mouvement, il a été décidé que chacun devait consacrer un dixième de tous ses revenus à l’œuvre de Dieu, un plan détaillé ensuite dans un écrit publié en 1878.
Ce que cette histoire nous enseigne
Quelques principes ressortent de cette histoire,
le financement n’est jamais venu du ministère lui-même mais toujours de la communauté qui se l’est imposé librement,
les premières collectes visaient autant le soutien des prédicateurs que l’aide aux pauvres, aux veuves et aux orphelins,
ce système s’est affiné avec le temps, passant d’une contribution volontaire et progressive à un cadre plus structuré, sans jamais inverser le sens du mouvement, c’est-à-dire de la communauté vers celui qui sert.
L’autre face du principe, honorer celui qui sème
Mais il existe un autre principe que beaucoup oublient ou ignorent, c’est celui de semer vers celui qui dispense la Parole. Galates 6:6 enseigne que celui qui reçoit l’instruction doit faire part de tous ses biens à celui qui l’instruit, et 1 Corinthiens 9:11-14 confirme que celui qui sème les biens spirituels a le droit de recueillir des biens matériels.
Beaucoup viennent se nourrir spirituellement, reçoivent une parole, une délivrance, une bénédiction, puis repartent sans jamais honorer financièrement celui que Dieu a utilisé pour les servir. Ce n’est pas un financement de projet ou de construction, c’est un acte personnel d’honneur et de semence envers celui qui arrose, et celui qui néglige cette loi se prive souvent lui-même d’une bénédiction qu’il aurait pu recevoir en retour.
Mon constat dans le service
Je constate régulièrement cette confusion dans mon propre service, des personnes intéressées par l’enseignement me sollicitent pour financer un projet local, parfois même à des milliers de kilomètres, comme si transmettre la Parole impliquait aussi de porter financièrement l’œuvre.
Pourtant celui qui enseigne donne déjà ce qu’il a, son temps et son argent servent déjà à financer les logiciels, les outils, toute la communication nécessaire pour partager gratuitement la Parole à tous, sa voix, son étude, sa disponibilité, son travail sur les textes. On lui demande encore de financer en plus d’autres projets, alors qu’il porte déjà seul le coût de ce qu’il donne gratuitement.
Quand des fidèles s’assemblent réellement autour d’un enseignement, c’est cette assemblée locale qui partage, qui participe, et c’est avec ces biens communs que peut ensuite s’organiser la logistique, la location d’un lieu, ou plus tard une construction.
La communauté porte financièrement l’œuvre, le ministère porte spirituellement et intellectuellement l’œuvre, et chaque fidèle qui reçoit individuellement doit aussi apprendre à honorer individuellement celui qui sème en lui la Parole, c’est la continuité de l’Église primitive et fidèle aux Écritures.




