Une fiction, bien sûr. Mais une fiction qui révèle une vérité.
La dernière fois, je t’ai montré que si la règle trinitaire était vraie, la divinité compterait dix personnes. Aujourd’hui, poussons l’ironie jusqu’au bout : imaginons que les Églises soient cohérentes, et qu’elles convoquent enfin le concile que leur propre logique exige.
La précédente publication est disponible ici : Si le Saint-Esprit est une personne, alors la divinité est dix personnes : la décanité.
1. L’ouverture solennelle
Imagine la scène. Les évêques du monde entier sont rassemblés, comme à Nicée en 325, comme à Constantinople en 381. Le président du concile se lève et déclare : « Frères, la lumière a progressé. Nos pères ont reconnu trois personnes, mais Ésaïe 11:2 en révélait sept de plus, et nous les avons négligées pendant deux mille ans. Il est temps de réparer cette injustice faite à l’esprit de conseil. »
Un frisson parcourt l’assemblée. On sent que l’histoire est en marche.
2. La réécriture du credo
Les théologiens se mettent au travail. Le symbole de Nicée-Constantinople est trop court, il faut l’allonger : « Je crois en l’esprit de sagesse, qui procède du Père par mode de prudence. Je crois en l’esprit de force, consubstantiel à l’esprit d’intelligence, engendré non pas créé… »
Une commission entière débat pendant trois mois : l’esprit de crainte de l’Éternel procède-t-il de l’esprit de connaissance, ou les deux procèdent-ils ensemble de l’esprit de conseil ? Le schisme menace déjà. Les Orientaux refusent le « filioque » de l’esprit de force.
3. La réforme du baptême
Puis vient la question liturgique. Il faut réviser la formule baptismale. Désormais on baptisera « au nom du Père, du Fils, de l’esprit de sagesse, de l’esprit d’intelligence, de l’esprit de conseil, de l’esprit de force, de l’esprit de connaissance, de l’esprit de crainte de l’Éternel, et du Saint-Esprit ».
Les baptêmes dureront un peu plus longtemps, certes. Mais la doctrine avant tout.
4. Les anathèmes
Et comme tout bon concile, celui-ci prononce ses condamnations. Anathème sur les « septicistes », ces hérétiques qui ne confessent que sept personnes. Anathème sur les « novénistes » attardés qui s’arrêtent à neuf. Et anathème, évidemment, sur les trinitaires, ces conservateurs d’un autre âge qui refusent la plénitude de la révélation décanitaire.
Car après tout, c’est exactement ce qu’on a fait aux non-trinitaires pendant des siècles : on les a anathématisés pour n’avoir pas suivi une addition que le texte ne fait pas.
5. Le réveil
Maintenant, redescends sur terre avec moi.
Ce concile ne se tiendra jamais. Aucun théologien ne rédigera ce credo. Aucun pasteur ne baptisera au nom de l’esprit de conseil. Et chacun sent immédiatement pourquoi : parce que tout le monde sait, d’instinct, que les esprits d’Ésaïe 11 ne sont pas des personnes.
Mais alors pose-toi la question qui fâche : pourquoi ce qui te fait sourire appliqué à sept esprits te paraît-il évident appliqué à un seul ?
Si la décanité te semble ridicule, c’est que la règle « un esprit nommé = une personne divine » est ridicule. Et si cette règle est ridicule, alors le seul argument grammatical en faveur d’une troisième personne s’effondre avec elle. On ne peut pas rire du concile de la décanité et siéger tranquillement à celui de Constantinople.
Conclusion
La fiction s’arrête ici, mais la leçon demeure. Ce que personne n’oserait faire avec sept esprits, on l’a fait avec un seul, et on en a fait un dogme.
L’Esprit de Dieu n’est pas une dixième personne, ni une troisième. C’est Dieu lui-même, sa présence, sa puissance, sa vie communiquée par son Fils.
La grammaire de l’Écriture n’a pas changé entre Ésaïe et le Nouveau Testament. C’est nous qui devons revenir à elle.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




