Et si notre plus grand obstacle à la Parole de Dieu, c’était nous-mêmes ?
Il y a une pensée que je porte dans le cœur depuis longtemps, et que je me répète régulièrement comme un avertissement à moi-même : je dois demeurer comme un petit enfant devant la Parole de Dieu.
Non pas rester dans l’ignorance. Non pas refuser de grandir dans la connaissance. Mais maintenir cette posture intérieure de celui qui reçoit, qui se laisse inscrire par la Parole, qui s’adapte à elle, et non pas qui cherche à ce qu’elle s’adapte à lui.
Parce que l’alternative à cette réceptivité, je l’ai nommée clairement dans mon cœur : c’est l’orgueil.
Et l’orgueil devant la Parole de Dieu est une chose grave. Ce n’est pas simplement une question de caractère ou de tempérament. C’est une résistance active à l’Esprit de Dieu lorsqu’il vient nous apporter la lumière des Écritures. C’est se fermer à ce que Dieu veut nous dire parce qu’on croit déjà savoir. C’est recevoir la Parole non pas comme elle est, mais filtrée, déformée, réduite à ce qu’on est déjà prêt à entendre.
C’est de cela que je veux parler aujourd’hui. Parce que ce sujet nous concerne tous.
Ce que Jésus dit de la grandeur dans le Royaume, et pourquoi ses deux réponses se répondent
Jésus répond deux fois à la question de la grandeur dans le Royaume des cieux, dans l’Évangile de Matthieu. Et ses deux réponses forment ensemble un enseignement d’une précision redoutable.
La première réponse :
« Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. » (Matthieu 5:19)
La deuxième réponse, lorsque ses disciples lui posent directement la question :
« Jésus, appelant un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Celui donc qui se rendra humble comme ce petit enfant, c’est lui qui est le plus grand dans le royaume des cieux. » (Matthieu 18:2-4)
Le premier verset nous dit qui est grand : celui qui garde les commandements de Dieu sans en retrancher aucun, et qui les enseigne fidèlement.
Le deuxième verset nous dit comment on le devient, et comment on le reste : en demeurant comme un petit enfant.
Ces deux réponses ne sont pas parallèles. Elles s’articulent. L’une donne le fruit, l’autre donne la condition. Et c’est en les lisant ensemble qu’on comprend quelque chose d’essentiel.
Qu’est-ce que cela signifie vraiment, demeurer comme un enfant ?
Un enfant ne se dit pas : « Je sais déjà tout. J’ai déjà tout appris. Je n’ai plus rien à recevoir. »
Un enfant reçoit. Un enfant apprend. Un enfant reste dans une posture permanente d’apprentissage, sans que la connaissance déjà acquise devienne un mur contre la connaissance qui vient. Il grandit précisément parce qu’il ne se croit pas arrivé.
Ce n’est pas une image de faiblesse. C’est une image de disponibilité totale.
Et Jésus convoque cette image précisément dans un contexte où ses disciples se disputent pour savoir lequel d’entre eux sera le plus grand. Il place un enfant au milieu d’eux, non pas pour les humilier, mais pour leur montrer que la grandeur qu’ils cherchent ne s’obtient pas par la compétition ou l’affirmation de soi, mais par un retournement intérieur. « Si vous ne vous convertissez », c’est un retournement actif, une décision, pas un état naturel.
Pourquoi Dieu révèle sa Parole aux humbles et non aux présomptueux
Ce n’est pas un hasard si le Psaume 25:9 dit : « Il conduit les humbles dans la justice, il enseigne aux humbles sa voie. »
Et Matthieu 11:25 va encore plus loin, dans les propres paroles de Jésus : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. »
L’humilité n’est pas simplement une vertu morale agréable à Dieu. C’est la condition qu’il a choisie pour révéler sa Parole dans sa plénitude. Celui qui pense savoir déjà reçoit la Parole filtrée par sa propre présomption, il entend ce qu’il veut entendre, il voit ce qu’il cherche à confirmer, il retranche sans s’en rendre compte. Celui qui demeure enfant reçoit sans mutiler.
L’orgueil : la mécanique invisible du retranchement
C’est ici que les deux versets de Matthieu se rejoignent avec une force particulière.
On ne peut garder les commandements de Dieu sans en retrancher aucun qu’à condition de les avoir reçus sans en retrancher aucun. Et on ne les reçoit sans les mutiler qu’en demeurant réceptif comme un enfant devant la Parole.
La présomption, croire qu’on sait déjà, est la mécanique invisible par laquelle on finit par retrancher sans même s’en apercevoir. Ce n’est pas toujours une rébellion consciente. C’est souvent quelque chose de plus subtil : on arrive devant le texte avec ce qu’on croit déjà savoir, et ce filtre déforme ce qu’on reçoit.
C’est exactement ce que Jésus reprochait aux scribes et aux pharisiens. « Vous annulez le commandement de Dieu pour observer votre tradition. » (Matthieu 15:6) Ils n’avaient pas décidé de rejeter la Parole. Ils avaient simplement cessé d’être des enfants devant elle. Et leur tradition avait progressivement pris la place du commandement, sans qu’ils le voient.
Lorsque l’Esprit de Dieu vient apporter la lumière d’un texte que nous n’avions pas encore compris, et que nous nous y opposons parce que cela contredit ce que nous pensions savoir, c’est de l’orgueil. Et l’orgueil devant la Parole de Dieu est une chose sérieuse, parce qu’il nous ferme précisément là où Dieu voulait nous ouvrir.
Demeurer enfant : non pas rester ignorant, mais refuser de se fermer
La pleine connaissance de la Parole de Dieu n’est pas réservée aux plus instruits, aux plus anciens, aux plus titrés. Elle est promise à celui qui reste toute sa vie dans la posture de celui qui apprend encore, réceptif, disponible, sans présomption.
Demeurer comme un enfant devant les Écritures, ce n’est pas rester dans l’ignorance. C’est refuser de se fermer. C’est laisser la Parole nous façonner plutôt que de chercher à la façonner selon ce que nous sommes déjà.
C’est elle qui doit s’inscrire en nous. Ce n’est pas à elle de s’adapter à nous.
L’enfant réceptif et le gardien fidèle des commandements ne sont pas deux figures différentes. Ils sont la même personne, celle qui a compris que la connaissance de Dieu ne s’arrache pas, elle se reçoit.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




