ENGENDRÉ ET NON CRÉÉ
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ENGENDRÉ ET NON CRÉÉ

Une distinction que les pionniers adventistes prenaient au sérieux

🩵 Engendré et non créé : Pourquoi je m’appuie sur les pionniers adventistes

Après seize ou dix-sept ans de vie chrétienne, j’ai fini par comprendre, au terme de ces dernières années d’étude et de marche avec le Seigneur, où se trouvait réellement ce qui avait persévéré dans la réforme, dans la doctrine apostolique et dans l’étude des prophéties : c’est dans l’Église adventiste du septième jour que j’ai trouvé la plus grande conformité aux Écritures.

C’est pourquoi, sur un sujet aussi important que celui que je vais étudier et partager avec vous aujourd’hui, j’ai choisi de m’appuyer sur des hommes et des femmes qui ont véritablement pratiqué le sola scriptura : non pas en théorie, mais en cherchant, parfois au prix de longues années de recherche et de remise en question, à faire correspondre chaque doctrine au texte biblique seul, plutôt qu’à des formules héritées de traditions humaines.

C’est dans cet esprit que je vous propose cette étude sur une distinction que les pionniers adventistes du 19e siècle prenaient au sérieux : celle entre engendré et créé.

🩵 Une distinction, pas un détail de vocabulaire

L’Écriture appelle Jésus le « Fils unique engendré de Dieu ». Ce mot n’est pas un détail de vocabulaire : il porte une distinction théologique précise, que ces pionniers ont pris soin de préserver, à une époque où l’Église cherchait encore à formuler avec exactitude la nature du Christ et sa relation au Père.

🩵 E.J. Waggoner : égalité de nature, priorité dans le temps

E.J. Waggoner développe cette distinction avec une rigueur particulière. Dans Signs of the Times du 8 avril 1889, il écrit : « En soutenant la parfaite égalité du Père et du Fils, et le fait que le Christ est, de par sa nature même, Dieu, nous n’entendons pas être compris comme enseignant que le Père n’était pas avant le Fils.

Il ne devrait pas être nécessaire de préciser ce point, de peur que certains ne pensent que le Fils a existé aussi tôt que le Père ; pourtant certains vont jusqu’à cet extrême, ce qui n’ajoute rien à la dignité du Christ, mais retranche plutôt à l’honneur qui lui est dû, puisque beaucoup rejettent l’ensemble plutôt que d’accepter une théorie si manifestement en désaccord avec le langage de l’Écriture, à savoir que Jésus est le Fils unique engendré de Dieu. Il a été engendré, et non créé.

Il est de la substance du Père, de sorte que, dans sa nature même, il est Dieu ; et puisqu’il en est ainsi, « il a plu au Père que toute plénitude habite en lui. » (Col. 1:19)… Bien que les deux soient de même nature, le Père est premier dans le temps. Il est aussi plus grand en ce qu’il n’a pas eu de commencement, tandis que la personnalité du Christ a eu un commencement. »

Ce passage mérite d’être lu lentement, car il tient ensemble deux affirmations que l’on pourrait croire contradictoires : une égalité parfaite de nature entre le Père et le Fils, et en même temps une priorité réelle du Père dans le temps. Waggoner refuse explicitement l’extrême qui consisterait à dire que le Fils a existé aussi tôt que le Père, tout en refusant tout aussi fermement l’autre extrême qui rabaisserait le Christ à une simple créature. C’est cette tension précise, pleine divinité de nature, mais commencement réel de personnalité, qui constitue le cœur de l’argument engendré/créé.

🩵 Un commencement hors de portée de l’esprit humain

Dans Christ and His Righteousness, publié l’année suivante en 1890, Waggoner précise comment il faut comprendre ce commencement : « « La Parole était au commencement. » L’esprit humain ne peut saisir les âges qu’embrasse cette phrase. Il n’est pas donné aux hommes de savoir quand ni comment le Fils a été engendré ; mais nous savons qu’il était la Parole divine, non seulement avant de venir sur cette terre pour mourir, mais même avant que le monde ne soit créé… Nous savons que le Christ « est sorti et est venu de Dieu » (Jean 8:42), mais cela remonte si loin dans les âges de l’éternité que c’est bien au-delà de la portée de l’esprit humain. »

🩵Trois catégories de filiation à ne pas confondre

Waggoner va plus loin encore dans la distinction des catégories de filiation. À la page 12 du même ouvrage, il écrit : « En tant que Fils du Dieu qui existe par lui-même, il possède par nature tous les attributs de la Déité. Il est vrai qu’il y a de nombreux fils de Dieu ; mais le Christ est le « Fils unique engendré de Dieu », et donc Fils de Dieu dans un sens dans lequel aucun autre être ne l’a jamais été, ni ne pourra jamais l’être. Les anges sont fils de Dieu, comme l’était Adam (Job 38:7 ; Luc 3:38), par création ; les chrétiens sont fils de Dieu par adoption (Rom. 8:14-15) ; mais le Christ est Fils de Dieu par naissance. » Et à la page 19 : « Toutes choses procèdent ultimement de Dieu, le Père ; même le Christ lui-même a procédé et est sorti du Père… »

Trois catégories distinctes se dessinent ainsi dans la pensée de Waggoner, et il importe de ne pas les confondre : les anges et Adam sont fils de Dieu par création, ce qui signifie une origine à partir du néant, sans communication de la nature divine elle-même. Les chrétiens sont fils de Dieu par adoption, c’est-à-dire admis dans une relation filiale qui ne leur appartient pas par nature mais leur est accordée. Le Christ seul est Fils de Dieu par naissance, c’est-à-dire par une communication réelle de la substance et de la nature du Père.

🩵 Les limites de ce que l’on peut chercher à savoir

Aux pages 21 et 22, Waggoner reprend cette même idée en insistant sur les limites de ce que l’on peut chercher à savoir : « Les Écritures déclarent que le Christ est « le Fils unique engendré de Dieu ». Il a été engendré, et non créé. Quant à savoir quand il a été engendré, il ne nous appartient pas de le chercher, et notre esprit ne pourrait le saisir même si on nous le disait. Le prophète Michée nous dit tout ce que nous pouvons en savoir, en ces termes : « Et toi, Bethléhem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit régner sur Israël, et dont les origines remontent aux temps anciens, aux jours de l’éternité. » (Michée 5:2, marge). Il y eut un temps où le Christ procéda et sortit de Dieu, du sein du Père (Jean 8:42 ; 1:18), mais ce temps était si reculé dans les jours de l’éternité que, pour l’entendement humain, c’est pratiquement sans commencement. »

🩵 James Edson White : une conviction partagée jusque dans la famille des fondateurs

Cette même distinction se retrouve, formulée de façon plus brève mais tout aussi nette, chez James Edson White, fils d’Ellen White, dans son ouvrage Past, Present and Future publié en 1909 : « Les anges sont donc des êtres créés, nécessairement d’un ordre inférieur à leur Créateur. Le Christ est le seul être engendré du Père. » Cette phrase, écrite dans une famille au cœur même du mouvement adventiste, montre que cette distinction n’était pas une position isolée ou marginale, mais une conviction partagée jusque dans l’entourage le plus proche des fondateurs.

🩵 J. N. Andrews : un commencement de jours dans l’éternité passée

J. N. Andrews, premier missionnaire officiel de l’Église adventiste, tenait une position convergente dès 1869, dans la Review & Herald : « Le Fils de Dieu… a eu un commencement de jours à un moment dans l’éternité du passé. » Comme Waggoner, Andrews refuse d’attribuer au Fils une éternité absolue strictement identique à celle du Père, sans pour autant remettre en cause sa pleine divinité.

🩵 Ellen White : le Fils qui reçoit la vie du Père pour la posséder en lui-même

Ellen White elle-même s’exprime dans des termes presque identiques à ceux de Waggoner : « Il a été engendré, et non créé. Il est de la substance du Père, de sorte que, dans sa nature même, il est Dieu. » Elle appuie cette affirmation sur Jean 5:26, qu’elle cite directement : « Comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. » Ce texte est important pour comprendre comment elle articule la dépendance du Fils envers le Père avec sa pleine divinité : le Fils reçoit sa vie du Père, mais cette vie reçue est une vie qu’il possède ensuite en lui-même, à la différence des créatures qui dépendent constamment d’un apport extérieur. Elle insiste également sur le fait que le Christ seul, parmi tous les êtres créés, partage avec le Père le pouvoir de donner la vie, ce qui le distingue radicalement des anges.

🩵 Uriah Smith : une conviction mûrie au fil des décennies

Cette même conviction se retrouve enfin chez Uriah Smith, qui fut pendant de longues années rédacteur en chef de la Review and Herald. Dans les années 1860, Smith croyait que Jésus était le premier être créé. Mais en 1881, il avait changé de position pour rejoindre celle de Waggoner et d’Andrews : Jésus était engendré, et non créé. Ce glissement, documenté à l’intérieur même du corps pionnier, montre que la question n’était pas tranchée à la légère ni figée dès l’origine, mais creusée, reprise et précisée au fil des décennies, toujours dans le souci de rester fidèle au texte biblique plutôt qu’à une formule héritée d’ailleurs.

🩵 Ce que ces pionniers nous laissent

Ce que l’ensemble de ces pionniers nous laisse, ce n’est donc pas une réponse complète à un mystère qui dépasse par nature l’esprit humain, mais une discipline de pensée : refuser de confondre engendré, créé et adopté, parce que chacun de ces mots dit quelque chose de réellement différent sur l’origine et sur la nature de celui qui le porte. Et refuser, par une prudence que Waggoner lui-même revendique explicitement, d’aller par spéculation au-delà de ce que l’Écriture elle-même autorise à affirmer sur le mystère du Fils engendré du Père.

Serge le prédicateur t’encourage 🩵

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