Il y a une question que presque personne ne pose devant Colossiens 1:15-20, et c’est pourtant la première qu’il faudrait poser.
Qu’est-ce que Paul voulait dire ?
Non pas ce que nous avons appris à y lire. Non pas ce qu’on nous a expliqué. Ce que cet homme, écrivant à une petite assemblée de Colosses, avait en tête au moment où il traçait ces lignes.
Car nous lisons le mot création et nous pensons aussitôt à la Genèse. Le réflexe est immédiat, il est presque involontaire. Et à partir de ce réflexe, tout s’enchaîne. Si Jésus est lié à la création, il est le créateur. S’il est le créateur, il est l’égal de Dieu. Et voilà un texte devenu la pièce maîtresse d’une doctrine.
Mais ce réflexe est le nôtre. Il n’est pas celui de Paul.
Chez lui, le mot création désigne le plus souvent tout autre chose, et il faut lire le contexte pour savoir laquelle des deux est en jeu. Or dans ce passage, il a pris soin de nous le dire. Il l’a écrit deux versets avant, et il l’a répété trois versets après.
Nous ne l’avons simplement pas lu.
Deux versets plus haut, Paul a déjà dit son sujet
Le passage ne commence pas au verset 15. Regarde ce que Paul vient d’écrire.
Colossiens 1:13, il nous a délivrés de la puissance des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé.
Verset 14, en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
Voilà le sujet posé. Une délivrance. Un transfert. Un royaume. Un pardon.
Puis, sans changer de phrase, Paul enchaîne, il est l’image du Dieu invisible.
Le il du verset 15, c’est le Fils bien-aimé du verset 13, celui dans le royaume duquel nous avons été transportés.
Paul parlait du Royaume avant de parler de création. Il n’a pas changé de sujet en cours de route.
Le temps des verbes, que personne ne remarque
Voici un détail que la lecture rapide fait manquer, et il est décisif.
Verset 15, il est l’image du Dieu invisible. Le grec porte estin, au présent.
Verset 17, il est avant toutes choses. Encore estin, au présent.
Verset 18, il est la tête du corps. Toujours au présent.
Paul ne regarde pas en arrière. Il ne décrit pas ce que le Fils aurait été avant le monde. Il décrit ce qu’il est maintenant, au moment où il écrit, c’est-à-dire ressuscité et assis à la droite de Dieu.
Et le verset 18 dit de quelle création il s’agit
Maintenant le verset qui règle tout, et qu’il faut lire deux fois.
Colossiens 1:18, il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier.
Le grec porte archè, commencement, et prōtotokos, premier-né. Exactement les deux mots du verset 15.
Mais cette fois, Paul précise. Premier-né d’entre les morts.
C’est l’apôtre lui-même qui définit son vocabulaire. Il emploie deux mots au verset 15, et trois versets plus loin il dit de quoi il parle.
Et cela règle une question de simple bon sens. Personne n’était premier-né d’entre les morts avant la fondation du monde. Il n’y avait pas de morts. Ce titre n’a de sens qu’après un tombeau.
Paul n’a pas laissé son lecteur deviner. Il a expliqué ses propres mots au verset 18.
Ce que Paul appelle la création, partout ailleurs
Et si l’on doutait encore, il suffit de lire comment cet homme emploie ce vocabulaire dans le reste de ses lettres.
2 Corinthiens 5:17, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées, voici, toutes choses sont devenues nouvelles.
Éphésiens 2:10, nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres.
Éphésiens 2:15, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau.
Éphésiens 4:24, revêtez-vous de l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité.
Colossiens 3:10, et c’est la même lettre, vous avez revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance selon l’image de celui qui l’a créé.
Regarde ce dernier verset. Même lettre, même auteur, même vocabulaire de création et d’image. Et il ne s’agit pas de la Genèse, il s’agit de nous.
Quand Paul parle de créer, il parle le plus souvent de ce que Dieu fait en Christ, non de ce qu’il a fait au commencement du monde.
Ce Royaume est celui de la nouvelle naissance
Et de quoi ce Royaume est-il peuplé ? Jésus l’a dit lui-même, et il a employé exactement ce langage.
Jean 3:3, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.
Jean 3:5, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
Naître. Entrer. Le Royaume est un lieu où l’on naît, et où l’on entre.
Alors tout s’ordonne. S’il y a une nouvelle naissance, il y a un premier-né. Et ce premier-né a un rang parce que d’autres viennent après lui.
1 Corinthiens 15:20, Christ est ressuscité, prémices de ceux qui sont morts.
Verset 23, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement.
Chacun en son rang. Il y a donc un ordre, et il y a un premier.
Romains 8:29, prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-né entre beaucoup de frères.
On n’est pas premier-né tout seul. Le mot suppose une famille qui suit.
Et ce Royaume ne finira pas
C’est là que se comprend l’insistance de Paul sur la primauté.
Daniel 2:44, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et qui ne passera point sous la domination d’un autre peuple, il subsistera éternellement.
Daniel 7:14, sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit.
Note bien, en Daniel 7:14, la domination lui est donnée. Le texte le dit expressément.
Voilà pourquoi le verset 18 se termine ainsi, afin qu’il soit en tout le premier. Le grec dit hina genètai, afin qu’il devienne.
Un devenir. Pas un état de toujours.
Ce que dit aussi le prophète
Et si l’on voulait absolument lire la Genèse dans ce passage, un verset se dresserait.
Ésaïe 44:24, ainsi parle l’Éternel, ton rédempteur, celui qui t’a formé dès ta naissance. Moi l’Éternel, j’ai fait toutes choses, seul j’ai déployé les cieux, seul j’ai étendu la terre.
L’hébreu porte levaddi, par moi seul, et une question qui appelle pour réponse personne.
Jésus lui-même parle de la création dans les mêmes termes. Matthieu 19:4, n’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme ?
Il dit celui qui les a faits. Pas moi qui les ai faits.
Ce que je ne dis pas
Je veux être exact, car l’exactitude est ce qui rend une étude utile.
Je ne dis pas que le mot création ne peut jamais désigner la Genèse chez Paul. Il le peut, et Romains 1:20 en est un exemple.
Je dis que dans ce passage-ci, trois choses désignent le Royaume. Le contexte immédiat, verset 13. Le temps présent des verbes. Et surtout la définition que Paul donne lui-même au verset 18.
Quand un auteur définit ses termes dans son propre paragraphe, c’est sa définition qu’il faut suivre, pas la nôtre.
L’objection qu’on m’a faite, et qui vient du chapitre suivant
On me répond souvent ceci. D’accord pour le chapitre 1, mais lisez le chapitre 2, verset 9, en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. Et le grec porte theotēs, l’essence divine, non theiotēs, le caractère divin.
L’objection est sérieuse, et sur le lexique elle est exacte. Je ne la conteste pas.
Mais regarde le verbe, car c’est lui qui porte la phrase. Paul écrit katoikei, elle habite. Il n’écrit pas estin, il est. Le grec disposait du verbe être, et Paul ne l’a pas employé. Or ce qui habite quelque part n’est pas le lieu qu’il habite.
Et surtout, Paul avait déjà écrit la même chose sept versets plus tôt, dans notre passage même. Colossiens 1:19, il a plu au Père que toute plénitude habitât en lui.
Le grec porte eudokèsen, il a plu. La plénitude n’est donc pas là par nature. Elle y est parce qu’un autre l’a voulu.
Puis lis le verset qui suit immédiatement l’objection. Colossiens 2:10, et vous êtes rendus pleins en lui.
Paul enchaîne sa plénitude et la nôtre dans deux versets consécutifs. Et il écrit ailleurs, Éphésiens 3:19, afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.
Si ce vocabulaire établissait une nature divine, il faudrait la reconnaître aussi aux Colossiens du verset 10.
Reste le mot corporellement, et je ne l’écarte pas. Il dit une inhabitation réelle, en une personne visible, et non une plénitude répartie entre des puissances intermédiaires, ce que Paul combat précisément depuis le verset 8 du même chapitre.
Pourquoi Paul écrirait-il qu’il a plu au Père que la plénitude habite en lui, si elle lui appartenait déjà par nature ?
Et ce que cela change
Regarde ce que ce passage devient une fois lu ainsi.
Il ne parle pas d’un être qui aurait fait le monde. Il parle d’un homme que Dieu a ressuscité, qu’il a placé en tête d’un peuple, et qui ouvre l’entrée d’un royaume éternel.
Et ce que ce texte dit de lui, il l’annonce aussi pour toi.
Il est l’image de Dieu, et Romains 8:29 dit que nous serons conformes à son image.
Il est premier-né, et le mot suppose des frères qui suivent.
Il est entré le premier, et 1 Corinthiens 15:23 dit que nous entrerons chacun à notre rang.
Colossiens 2:10, et c’est encore la même lettre, vous avez tout pleinement en lui.
Là où l’on met un créateur du monde, on perd un frère aîné qui nous a ouvert la porte.
Ce que je te demande
Ne me crois pas sur parole. Vérifie une seule chose, et cela te prendra cinq minutes.
Ouvre Colossiens 1 et commence à lire au verset 12, pas au verset 15.
Puis descends jusqu’au verset 20 sans t’arrêter.
Et pose-toi cette question. De quoi cet homme est-il en train de parler depuis le début de sa phrase ?
Paul a dit lui-même de quelle création il parlait. Il l’a écrit au verset 18.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()



