Publication du 4 septembre 2026
Voici une question que je me suis posée en relisant la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Elle lui dit : « Seigneur, je vois que tu es prophète » (Jean 4:19). Et je me suis demandé : est-ce qu’un Dieu, présent sur la terre, peut être appelé un prophète ?
Et en y regardant de plus près, j’ai remarqué que ce n’était pas un mot isolé, échappé à une femme qui ne savait pas encore qui elle avait devant elle. C’est un titre qui revient sans cesse, du début à la fin du ministère de Jésus, dans la bouche de gens très différents.
La Samaritaine n’est pas seule à parler ainsi – Un Dieu peut-il être un prophète?
Un peu plus tard, après que Jésus a nourri une foule avec cinq pains, les gens disent : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde » (Jean 6:14). Après un autre discours, la foule se divise, et certains disent : « Cet homme est vraiment le prophète » (Jean 7:40). L’aveugle-né, guéri par Jésus, répond à ceux qui l’interrogent : « C’est un prophète » (Jean 9:17). Le jour de son entrée triomphale à Jérusalem, la foule crie à son sujet : « C’est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée » (Matthieu 21:11), et Matthieu précise ailleurs que les chefs des prêtres n’osaient pas l’arrêter, « parce que la foule le tenait pour un prophète » (Matthieu 21:46).
Après la résurrection d’un jeune homme à Naïn, la foule est saisie de crainte et dit : « Un grand prophète a été suscité parmi nous, et Dieu a visité son peuple » (Luc 7:16). Remarquez la formule : ils glorifient Dieu parce que Dieu, par ce prophète, a visité son peuple, ils ne disent pas que Dieu lui-même se tenait devant eux sous les traits de cet homme. Et après la résurrection de Jésus, deux disciples, sur le chemin d’Emmaüs, résument ainsi tout ce qui vient de se passer : « Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24:19). Un prophète devant Dieu, disent-ils, pas Dieu lui-même.
Une femme samaritaine, une foule après un miracle, un aveugle guéri, la foule de Jérusalem, des disciples au lendemain de la résurrection : tous, à des moments différents et sans se concerter, ont vu en Jésus un prophète.
Ce titre avait été annoncé d’avance
Ce n’est pas un malentendu populaire, c’est l’accomplissement d’une prophétie précise. Moïse avait annoncé : « L’Éternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez » (Deutéronome 18:15). Et Dieu ajoute : « Je susciterai pour eux un prophète comme toi d’entre leurs frères ; je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai » (Deutéronome 18:18).
Les premiers prédicateurs de l’Église appliquent ce texte à Jésus, explicitement. Pierre, devant la foule de Jérusalem : « Moïse a dit : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il vous dira » (Actes 3:22). Étienne, devant le sanhédrin, cite le même texte pour dire la même chose de Jésus (Actes 7:37).
Le prophète annoncé par Moïse devait être suscité par l’Éternel, du milieu de son peuple, d’entre ses frères. Un prophète suscité par Dieu, choisi parmi des frères humains, n’est pas Dieu lui-même descendu du ciel.
Ce que signifie être prophète, selon la Bible elle-même
Voyez comment Dieu définit lui-même la tâche du prophète : « Je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai » (Deutéronome 18:18). Un prophète reçoit une parole qui n’est pas la sienne à l’origine, et il la transmet. Cela suppose nécessairement deux personnes distinctes : celui qui donne la parole, et celui qui la reçoit pour la dire ensuite à d’autres.
Et Jésus confirme, de sa propre bouche, qu’il correspond exactement à cette définition. Il dit : « Car je n’ai pas parlé de moi-même ; mais le Père, qui m’a envoyé, m’a prescrit lui-même ce que je devais dire et annoncer » (Jean 12:49). Et encore : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même » (Jean 14:10). Ce n’est pas un langage de circonstance. C’est très précisément le langage du prophète tel que Dieu l’a défini à Moïse : quelqu’un dans la bouche de qui Dieu met ses paroles, pour qu’il les dise ensuite au peuple.
Jésus lui-même décrit sa parole comme reçue, pas comme originaire de lui : c’est l’aveu même de sa condition de prophète, celui qui parle au nom d’un autre.
Peut-on être Dieu et prophète en même temps, au même titre ?
Voici où la question se referme sur elle-même. Un prophète, par définition biblique, reçoit la parole d’un autre et la transmet. Si Jésus était Dieu au sens plein, exactement identique au Père, sans aucune distinction entre eux, de qui recevrait-il alors une parole à transmettre ? Il n’y aurait personne d’autre que lui-même dont recevoir quoi que ce soit. Le titre même de « prophète » suppose une source distincte de celui qui parle, sinon le mot perd tout son sens.
C’est exactement pour cela que Moïse annonce ce prophète comme quelqu’un que Dieu « suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères » (Deutéronome 18:15) : un homme, choisi parmi des hommes, et non l’Éternel lui-même prenant la parole en son propre nom. Et c’est pour cela que la foule, la Samaritaine, l’aveugle guéri, les disciples d’Emmaüs, tous emploient ce titre sans jamais dire « c’est Dieu lui-même », mais « un prophète », « un grand prophète », « un prophète puissant devant Dieu et devant tout le peuple ». Ils voyaient juste : un homme, rempli de la puissance de Dieu, chargé de dire au peuple ce que Dieu lui avait donné à dire.
On ne reçoit pas de parole de soi-même. Le titre de prophète, appliqué à Jésus du début à la fin de son ministère et annoncé des siècles avant sa naissance, confirme ce que l’Écriture dit ailleurs : Jésus est le Fils envoyé par le Père, celui en qui Dieu a mis ses paroles, pas le Père lui-même parlant sous un autre visage.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()



