Ce que révèle la trajectoire des pionniers adventistes
Le point de départ que l’on oublie toujours
Quand on évoque le rejet de la Trinité par les pionniers adventistes, on entend souvent la même objection : ils ne connaissaient pas la doctrine, ils venaient d’un milieu marginal, ils n’avaient pas la formation nécessaire.
C’est exactement l’inverse qui est vrai, et c’est vérifiable nom par nom.
William Miller, baptiste.
J.H. Waggoner et son fils E.J. Waggoner, baptistes.
R.F. Cottrell, baptiste.
G.I. Butler, baptiste.
Hiram Edson, méthodiste.
Ellen White, famille méthodiste.
J.N. Andrews, méthodiste.
J.N. Loughborough, méthodiste.
J.B. Frisbie, méthodiste.
Joseph Bates, congrégationaliste.
James White, Connexion chrétienne.
Toutes ces dénominations sont trinitaires. Tous ces hommes ont reçu la Trinité comme doctrine de base, l’ont apprise dans leur chapelle, l’ont tenue pour acquise. Aucun n’est arrivé à l’anti-trinitarisme par ignorance ou par héritage : ils sont partis de la Trinité, et ils l’ont quittée.
C’est un mouvement d’abandon après examen, pas une position reçue.
La preuve la plus nette : Miller contre Miller
Ce déplacement n’est pas une reconstruction. On peut le lire chez un même homme, à vingt ans d’intervalle.
William Miller, 1822, article 2 de sa confession de foi : « Je crois en un seul Dieu vivant et vrai, et il y a trois personnes dans la divinité, comme il y a dans l’homme le corps, l’âme et l’esprit ; et si quelqu’un me dit comment ceux-ci existent, je lui dirai comment les trois personnes du Dieu trinitaire sont connectées. »
Difficile d’être plus explicitement trinitaire. Il va jusqu’à reprendre l’analogie classique corps, âme, esprit.
William Miller, 1842, vingt ans plus tard : « Je crois en Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est un esprit, omniprésent, omniscient, ayant tout pouvoir, Créateur, Préservateur et existant par lui-même… Je crois en Jésus-Christ, le Fils de Dieu… L’esprit du Très-Haut est en lui. La puissance du Très-Haut lui est donnée. »
Les trois personnes ont disparu. Il reste un Père unique et un Fils qui reçoit du Père. La formule trinitaire n’a pas été nuancée : elle a été abandonnée.
Le témoignage interne de Joshua Himes
Himes, le compagnon de Miller, décrit lui-même le mouvement de l’intérieur :
« Au début, les adventistes étaient généralement trinitaires. Par la suite, ils ont presque unanimement rejeté la doctrine trinitaire comme non scripturaire. Leurs déclarations acceptées concernant la Divinité étaient qu’il y a un seul Dieu vivant et vrai, le Père Tout-Puissant, qui est non-engendré, indépendant et éternel… et que le Christ est le Fils de Dieu. »
« Au début trinitaires. Par la suite, presque unanimement rejeté. » Ce n’est pas un adversaire qui le dit, c’est un acteur du mouvement décrivant sa propre trajectoire.
James White : une erreur venue de Rome
James White ne classe pas la Trinité parmi les questions secondaires. Il la range avec les doctrines que le protestantisme a emportées de l’Église catholique sans les examiner.
« Comme erreurs fondamentales, nous pourrions classer avec ce Sabbat contrefait d’autres erreurs que les protestants ont apportées de l’Église catholique, telles que l’aspersion pour le baptême, la Trinité, la conscience des morts et la vie éternelle dans le malheur. » (Review and Herald, 4 avril 1854)
« Nous pourrions mentionner ici la Trinité, qui supprime la personnalité de Dieu et de son Fils Jésus-Christ… » (Review and Herald, 11 décembre 1855)
Et le principe qui commande tout : « La plus grande faute que nous puissions trouver dans la Réforme, c’est que les réformateurs ont cessé de réformer. S’ils avaient continué, jusqu’à laisser derrière eux les derniers vestiges de la papauté, tels que l’immortalité naturelle, l’aspersion, la Trinité et l’observance du dimanche, l’Église serait maintenant libre de ses erreurs non scripturaires. » (Review and Herald, 7 février 1856)
La logique est cohérente : si l’on trie ce qui vient de Rome, on ne s’arrête pas au dimanche.
J.N. Andrews, et l’ironie du séminaire
Celui dont l’université adventiste porte aujourd’hui le nom écrivait :
« La doctrine de la Trinité, qui a été établie dans l’Église par le concile de Nicée en 325 après J.-C… Cette doctrine détruit la personnalité de Dieu et de son Fils Jésus-Christ notre Seigneur. Les mesures infâmes par lesquelles elle a été imposée à l’Église, qui apparaissent sur les pages de l’histoire ecclésiastique, pourraient bien faire rougir tout croyant en cette doctrine. » (Review and Herald, 6 mars 1855, vol. 6, n° 24, p. 185)
La citation qu’on arrête toujours une question trop tôt
Voici la pièce la plus parlante du dossier, et elle vient de Rome elle-même.
Le catéchisme doctrinal catholique de 1854 est cité partout dans le monde adventiste pour la question du sabbat. On y lit que les protestants devraient garder non le dimanche mais le samedi, et que le changement s’est fait « sans aucune autorité scripturaire ».
On s’arrête toujours là. Or la question suivante, dans le même ouvrage, est celle-ci :
Question : « Observez-vous d’autres vérités nécessaires enseignées par l’Église, non clairement énoncées dans l’Écriture ? »
Réponse : « La doctrine de la Trinité, une doctrine dont la connaissance est certainement nécessaire au salut, n’est pas explicitement et évidemment énoncée dans l’Écriture, au sens protestant de l’interprétation privée. »
Le même argument, la même page, la même autorité. On accepte volontiers la démonstration quand elle vise le dimanche, on l’ignore quand elle vise la Trinité. C’est le même couteau, mais on refuse de le retourner.
Ce que cette histoire établit, et ce qu’elle n’établit pas
Soyons honnêtes sur la portée.
Cette histoire ne prouve pas, à elle seule, que la Trinité soit fausse. Un homme qui change d’avis peut se tromper dans un sens comme dans l’autre, et l’ancienneté d’une position ne la rend pas vraie.
Mais elle démolit une objection très répandue : celle qui veut que le rejet de la Trinité soit le fait de gens mal formés, isolés, ignorants de la doctrine qu’ils critiquent. Ces hommes-là la connaissaient de l’intérieur. Ils l’avaient professée. Miller l’avait mise par écrit avec l’analogie scolaire classique.
Ils ne l’ont pas rejetée parce qu’ils ne la connaissaient pas. Ils l’ont rejetée parce qu’ils l’ont cherchée dans les Écritures et ne l’y ont pas trouvée. Et c’est exactement ce que le catéchisme de 1854 leur concédait : elle n’y est pas « explicitement et évidemment énoncée ».
Références vérifiables dans la Review and Herald : James White, 4 avril 1854 ; 11 décembre 1855 ; 7 février 1856. J.N. Andrews, 6 mars 1855, vol. 6, n° 24, p. 185. Confessions de foi de William Miller, 1822 et 1842.
Serge le prédicateur t’encourage




