Il existe une confusion qui a fait des ravages dans des millions de cœurs et dans des milliers d’Églises depuis des siècles. Une confusion qui semble anodine en surface mais qui, quand on en tire toutes les conséquences logiques, aboutit à vider la croix de son sens, à supprimer la définition du péché et à rendre le jugement de Dieu sans objet.
Cette confusion porte sur un seul mot. Un mot que Jésus a prononcé en Matthieu 5 verset 17 et que beaucoup ont mal compris depuis. Ce mot c’est ACCOMPLIR.
Jésus dit, ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes, je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir. Et depuis des siècles des hommes et des femmes lisent ce verset et comprennent, Jésus a accompli la loi donc elle est terminée, close, mise de côté, rendue obsolète.
Ils utilisent le mot accomplir comme synonyme d’abolir. Ils arrivent à la même destination par un chemin différent, en utilisant un vocabulaire qui semble plus respectueux du texte mais qui aboutit exactement au même résultat pratique, la loi n’a plus cours, on n’a plus à s’en préoccuper, on peut vivre sans elle au nom de Christ qui l’a accomplie à notre place.
Mais cette interprétation commet une faute exégétique fondamentale que nous allons démontrer ici avec la précision que le texte original exige et que tout étudiant sérieux de la Bible mérite de recevoir.
Le sens exact du mot accomplir dans la bouche de Jésus
Quand Jésus dit je ne suis pas venu abolir mais accomplir, le mot grec qu’il utilise est plēroō. Et plēroō ne signifie jamais terminer au sens de clore et mettre de côté. Il signifie remplir, porter à sa plénitude, donner son contenu complet.
C’est le mot utilisé quand on remplit un vase jusqu’au bord. Le vase n’est pas supprimé quand il est plein. Il est au contraire dans son état le plus accompli, le plus parfait, le plus utile. Remplir un vase ne le détruit pas, cela le glorifie.
Et pour que personne ne puisse se réfugier dans une interprétation personnelle de plēroō, la Bible elle-même nous en donne la définition dans un autre passage de Jean. En Jean chapitre 15 verset 11 Jésus dit à ses disciples, je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit accomplie, plēroō.
Est-ce que cela signifie que leur joie est terminée et doit disparaître ? Est-ce que Jésus dit à ses disciples, votre joie va maintenant être close et mise de côté ? Évidemment non. Il dit que leur joie va être portée à sa plénitude, qu’elle va être complète et entière et rayonnante.
C’est exactement le même mot et exactement le même sens en Matthieu 5. Jésus accomplit la loi non pas pour la supprimer mais pour la porter à sa plénitude vivante en étant lui-même ce qu’elle décrivait depuis toujours.
Il ne vient pas mettre fin à la loi. Il vient en être le contenu complet, la plénitude incarnée, le sens ultime révélé. La loi décrivait un portrait. Jésus est la personne que ce portrait annonçait.
Paul répond à Jésus et verrouille la question
Maintenant prenons Romains chapitre 3 verset 31. Paul écrit dans le texte grec original, νόμον οὖν καταργοῦμεν διὰ τῆς πίστεως; μὴ γένοιτο, ἀλλὰ νόμον ἱστάνομεν. Ce qui se traduit ainsi, annulons-nous donc la loi par la foi ? Loin de là, au contraire nous établissons la loi.
Le mot traduit par établir est histemi en grec. Il signifie faire tenir debout, affermir, confirmer, rendre stable et solide sur ses fondements. Ce n’est pas un maintien passif. C’est une affirmation active et puissante.
La foi ne se contente pas de ne pas abolir la loi. La foi fait tenir la loi debout plus solidement que jamais. La foi la confirme. La foi l’établit sur ses fondements éternels.
Et maintenant regardons ce qui se passe quand on met côte à côte ces deux verbes, plēroō de Matthieu 5 et histemi de Romains 3. Jésus dit, je viens porter la loi à sa plénitude. Paul dit, la foi fait tenir la loi debout.
Ces deux affirmations se répondent, se complètent et se renforcent mutuellement. Accomplir et établir sont deux facettes d’une même réalité. Jésus dit ce qu’il fait en venant, il accomplit, il remplit, il porte à la plénitude. Paul dit ce que la foi produit, elle établit, elle confirme, elle fait tenir debout.
Et les deux convergent vers la même conclusion absolue et définitive. La loi morale ne disparaît pas. Elle est portée à sa plénitude et confirmée dans sa permanence éternelle.
Accomplir ne peut pas signifier abolir, la preuve par l’absurde
Nous pouvons maintenant démontrer par la logique interne des Écritures que confondre accomplir avec abolir aboutit à des conséquences théologiques catastrophiques que personne ne peut accepter honnêtement.
Premier conséquence, si la loi est abolie parce qu’accomplie, alors le péché disparaît avec elle. Paul dit lui-même en Romains 3 verset 20 que c’est par la loi que vient la connaissance du péché. Il dit en Romains 4 verset 15 que là où il n’y a pas de loi il n’y a pas non plus de transgression.
Il dit en Romains 7 verset 7 je n’aurais pas connu le péché sans la loi. Si la loi est abolie, le péché n’est plus définissable, n’est plus délimitable, n’a plus de commencement ni de fin. Le péché disparaît avec la loi qui le définissait.
Deuxième conséquence, si le péché disparaît, le jugement de Dieu n’a plus d’objet. On ne peut pas juger ce qui n’existe pas. On ne peut pas condamner ce qui n’est pas défini. Un tribunal sans loi est un tribunal sans verdict possible.
Troisième conséquence, si le jugement n’a plus d’objet, la croix n’a plus de sens. Car pourquoi Christ est-il mort sur la croix ? Pour porter le péché du monde, dit Jean 1 verset 29. Pour être fait péché pour nous, dit Paul en 2 Corinthiens 5 verset 21. Pour nous racheter de la malédiction de la loi, dit Paul en Galates 3 verset 13.
Si la loi est abolie, si le péché n’existe plus, si le jugement n’a plus d’objet, alors Christ est mort pour rien. La croix devient un événement tragique et incompréhensible, un sacrifice sans victime, un rachat sans dette, une rédemption sans condamnation préalable.
Voilà où conduit logiquement et inévitablement la confusion entre accomplir et abolir. Ceux qui confondent ces deux mots ne réalisent pas qu’ils sont en train de vider la croix de toute sa signification tout en croyant l’honorer. C’est la contradiction la plus grave et la plus tragique que puisse commettre celui qui prétend glorifier Christ tout en rejetant sa loi.
On ne peut pas à la fois glorifier la croix et abolir la loi. Car c’est la loi qui donne à la croix toute sa nécessité, toute sa profondeur et toute sa gloire.
Ce que Jésus lui-même confirme immédiatement après
Et pour qu’il ne reste absolument aucun doute sur le sens de ses paroles, Jésus enchaîne immédiatement en Matthieu 5 verset 18 avec cette déclaration solennelle, en vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point de la loi, jusqu’à ce que tout soit arrivé.
Un iota est la plus petite lettre de l’alphabet grec. Un trait de lettre est le plus petit signe graphique imaginable. Jésus dit que même le plus infime détail de la loi ne disparaîtra pas avant que le ciel et la terre eux-mêmes passent. Est-ce que le ciel et la terre ont passé ? Non. La loi est donc toujours là, dans son intégralité, dans chacun de ses commandements, dans chacun de ses traits de lettre.
Et au verset 19 Jésus ajoute, celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements et qui enseignera aux hommes à faire de même sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux. Ce n’est pas une menace anodine. C’est un avertissement solennel adressé à quiconque enseignerait l’abolition même partielle de la loi morale.
La conclusion que tout croyant peut emporter avec lui
Accomplir ne signifie pas abolir. Accomplir signifie porter à la plénitude, remplir jusqu’au bord, révéler le contenu complet. Et établir signifie faire tenir debout, confirmer, affermir sur ses fondements éternels.
Jésus accomplit la loi en étant lui-même la plénitude vivante de ce qu’elle décrivait. La foi établit la loi en confirmant sa permanence et en nous donnant par l’Esprit la puissance de la vivre. Et les deux ensemble disent la même chose avec une clarté absolue et définitive.
La loi morale des Dix Commandements est debout. Elle a toujours été debout. Elle le sera jusqu’à ce que le ciel et la terre passent. Pas un iota, pas un trait de lettre ne disparaîtra avant que tout soit accompli.
Que personne ne te trompe avec de beaux mots et des arguments qui semblent pieux. Que personne ne te convainque que respecter les Dix Commandements c’est du légalisme ou de l’Ancien Testament dépassé. Car ce serait te convaincre que Christ lui-même est dépassé, lui qui est la loi incarnée, lui qui est le même hier, aujourd’hui et éternellement.
Accomplir c’est établir. Et établir c’est confirmer pour l’éternité.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




